Femme de la Semaine : Joséphine NTUMBA KANKOLONGO parle des difficultés dans le domaine de la science en RDC

Elle est Professeure de Chimie organique, d’énergies renouvelables et synthèse des biocarburants, de Catalyse et Pétrochimie aux Facultés des Sciences et de Pétrole & Gaz de l’Université de Kinshasa.
Interrogée par la rédaction de POURELLE.INFO, Joséphine Ntumba Kankolongo évoque les difficultés rencontrées dans ce domaine en RDC.
 
PourElle : Vous êtes une femme chimiste, un métier où il n’y a pas beaucoup de femmes, qu’est-ce qui vous a poussé à choisir ce domaine ?

Joséphine N. Kankolongo  : De la 3ième en 6ième des humanités, j’avais une professeure de Chimie que j’admirais tellement que je m’étais promis de devenir comme elle. C’est ainsi que tout naturellement, sans exactement connaître les débouchés de la Chimie, j’ai choisi ce département à l’Université. C’est bien après que je me suis rendu compte que le choix que j’avais opéré était excellent, au vu des nombreux débouchés qu’offraient la Chimie.

PourElle : Est-ce que ça a été facile pour vous ?

JNK  : Oui, ça a été facile pour moi car j’étais passionnée par ce que j’apprenais vu que c’était vraiment ce que je voulais faire. Cependant, j’ai quelque peu était déstabilisée, lorsqu’après m’être mariée, j’ai eu mon premier enfant. Ça un peu perturbé mon élan d’étudiante, mais très vite, je me suis habituée et j’ai continué jusqu’à obtenir une thèse de doctorat. Quand on veut, on peut !

PourElle : Votre travail consiste en quoi exactement ?

JNK : Je suis Professeure d’Université, cela implique la capacité de transmission des connaissances, l’animation d’un laboratoire de recherche et l’implémentation des résultats des recherches dans la société.

PourElle : Quelles sont les difficultés rencontrées au quotidien ?

JNK : Avec les collègues, il n’y a aucun problème, nous sommes tous sur le même pied d’égalité. Le problème, c’est souvent les étudiants. Ces derniers ont toujours tendance à minimiser les enseignantes par rapport aux enseignants. Ça se manifeste par le genre de questions qu’ils nous posent. Ils aiment poser des questions en dehors de ce qu’on enseigne pour tester nos connaissances. S’ils sentent que vous répondez bien, ils vous respecteront pour toujours. Donc, c’est la confiance des étudiants qui est difficile à avoir. Les étudiants ont également la fâcheuse tendance de beaucoup déranger les enseignantes. Nous sommes donc parfois obligée d’être très sévère pour nous faire respecter.

PourElle : Pourquoi peu de femmes s’intéressent-elles à la science ?

JNK : A cause des idées préconçues du genre « les sciences sont tellement difficiles que toutes celles qui s’y lancent n’auront pas le temps pour fonder une famille, ni prendre soin d’elles-mêmes ». De plus, les débouchés et le bien-fondé des sciences ne sont pas bien connus. Les scientifiques ne communiquent pas assez sur leurs résultats de recherche, d’où l’importance des sciences est ignorée par la grande majorité de la population.

PourElle : Comment changer la donne ?

JNK : Il faut une politique nationale d’attractivité, qui se traduirait par un plan d’action stratégique qui augmenterait le nombre de filles dans les sections scientifiques. Le plan peut viser à développer des formations auprès des enseignants pour changer leur manière d’enseigner les sciences, le plan peut également viser l’amélioration des outils pédagogiques destinés aux sciences, etc. Il faut également démocratiser les sciences, càd améliorer l’information et la communication scientifique à partir d’expériences singulières et partagées. Pour ce faire il faut former les chercheurs et les chercheuses à la communication scientifique afin de réconcilier la science et l’opinion. Il faut aussi un système de mentorat pour les jeunes filles, ainsi que des modèles de femmes qui ont réussi dans le domaine des sciences, pour susciter l’émulation chez les jeunes filles.

PourElle : Est-ce que la plupart de vos recherches sont financées par l’état ?

JNK : Malheureusement non. L’état ne finance pas la recherche en RDC. 
La plupart des financements que nous avons proviennent des pays européens. Ce sont ces pays qui nous offrent des bourses et/ou des financements. Le budget national n’alloue que moins de 1% à la recherche. C’est ainsi que la recherche dans notre pays avance très lentement.
Pratiquement pas d’innovations ni de créativités.

PourElle : Merci.

Joséphine N. Kankolongo: Merci à vous de vouloir faire connaître notre domaine de la science afin d’encourager les filles à nous emboîter les pas.

Maguy Mbuku Muzembe

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2 réponses

  1. Merci professeur de parler ainsi pour la recherche, c’est vraiment pas financée dans notre pays, les chercheurs sont abandonnés, or un pays avance avec la recherche

  2. Un grand merc6 à vous Professeure pour avoid une fois de plus monter à quel point vous êtes une grande personnalité et un model à suivre. Nous, étudiants donnes fiers de vous avoir!

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