À Kinshasa, la peur de formaliser son entreprise reste bien présente chez plusieurs Kinois en général et les jeunes femmes entrepreneures en particulier.
Préjugés, manque d’information, méfiance vis-à-vis des services fiscaux : autant de raisons qui freinent le passage vers le secteur formel. Et pourtant, légaliser son activité offre des avantages réels en termes de crédibilité, d’accès au financement et de stabilité juridique.
Dans ce contexte, Votre Pourelle.info a tendu le micro à deux entrepreneures qui évoluent dans le secteur formel. Il s’agit de Vitalie KANUNU et Judith MBUMBA. À travers leurs expériences, elles partagent des clés pour comprendre, s’adapter… et surtout, oser.

Vitalie KANUNU : « Le manque de connaissance ouvre la porte aux abus »
Pourelle.info : Pourquoi avez-vous choisi de formaliser votre entreprise ?
Vitalie KANUNU : Je suis citoyenne congolaise, donc je trouve normal de payer mes taxes. Mon entreprise est reconnue par l’État, et je n’ai aucun problème à évoluer dans le secteur formel.
Pourelle.Info : Comment vivez-vous le paiement des taxes ?
VK : Les taxes ne m’empêchent pas de prospérer. Ce n’est pas aussi lourd qu’on le croit. Le vrai souci, c’est le manque d’information. Quand vous ne connaissez pas les textes, certains agents de l’État en profitent. Ils peuvent vous faire payer des taxes que vous ne devez même pas. Mais si vous êtes bien informé, vous êtes protégée.
Pourelle.Info : Que recommandez-vous aux femmes qui hésitent à se formaliser ?
VK : Je leur dis : formalisez-vous. En étant dans le formel, vous paierez moins de taxes que ce qu’on vous réclame « dans la rue ». Et surtout, vous serez protégées par l’État. Ce n’est pas un fardeau, c’est une contribution citoyenne. Et ça ne coûte pas les yeux de la tête !

Judith MBUMBA : « une entreprise formelle inspire confiance »
Pourelle.info : Combien de temps êtes-vous dans le secteur formel ?
Judith MBUMBA : Cela fait trois ans que je suis cheffe d’entreprise dans la restauration. J’ai tous les documents nécessaires pour fonctionner comme fast-food. Ils me permettent de travailler sans difficulté et facilitent les livraisons de mes employés.
Pourelle.Info : Comment gérez-vous les aspects fiscaux ?
JM : Je paye régulièrement mes taxes à l’Hôtel de Ville, et je reçois une quittance valable pour six mois. Ensuite, je renouvelle. J’évolue aussi dans une structure familiale avec plusieurs activités, ce qui nous permet de mutualiser certains documents et frais. Par exemple, une perception annuelle de 30 000 FC est divisée entre trois structures. Chacune garde ses copies des documents.
Pourelle.Info : Quels sont les défis que vous rencontrez ?
JM : La formalisation a un coût. Parfois, c’est difficile à supporter, surtout quand plusieurs services viennent réclamer des taxes sans transparence. On se sent comme si on travaillait juste pour l’État. Certains agents apportent des notes de perception, mais on ne sait pas si c’est légal ou non. Il y a même de l’escroquerie, malheureusement.
Pourelle.info : Que proposez-vous comme solution ?
JM : L’État devrait revoir la classification des entreprises. On ne peut pas taxer une petite structure comme un grand restaurant. C’est cette injustice qui pousse beaucoup de femmes à rester dans l’informel. Il faut plus de transparence et d’accompagnement.
Pourelle.info : Malgré tout, recommandez-vous les entrepreneurs surtout les femmes à légaliser leur business?
JM : Oui, mille fois oui. Être dans le formelle, c’est inspirer confiance. Certains marchés ne sont accessibles qu’aux entreprises en règle. Les partenaires veulent travailler avec des structures légales. Et si un problème survient, votre statut vous protège.
Une réalité partagée à Kinshasa.
De nombreuses femmes entrepreneures à Kinshasa se retrouvent dans cette tension permanente : elles souhaitent évoluer dans le respect des lois, mais se heurtent à des charges fiscales parfois difficiles à supporter pour de petites structures.

Entre peur des contrôles, absence d’accompagnement clair, et manque de visibilité sur ce qui est légal ou non, le choix du secteur informel semble parfois plus simple.
Mais les témoignages de Vitalie KANUNU et Judith MBUMBA le prouvent : la formalisation, malgré ses défis, reste une voie d’avenir. Une voie qui ouvre des portes, renforce la crédibilité, et permet de faire grandir son activité sur des bases solides.
Divine LUKOMBO
