La publication successive de plusieurs gouvernements provinciaux en République démocratique du Congo relance le débat sur la représentativité des femmes dans les institutions provinciales. Province après province, le constat reste préoccupant : les femmes sont nombreuses dans les partis politiques, mais très peu présentes dans les exécutifs provinciaux.
Le cas du Haut-Katanga, où une seule femme figure dans une équipe gouvernementale de dix membres, a récemment suscité des réactions. Mais cette situation n’est pas isolée. Dans plusieurs provinces, la présence féminine demeure faible, parfois inexistante, malgré les engagements en faveur de la parité et de l’égalité des genres.

Une question sur la place réelle des femmes dans les partis politiques
Pour la journaliste et analyste des questions féminines Maguy MBUKU, connue sous le nom de MOLOBELI ya Basi, cette réalité pose une question de fond sur la place réelle des femmes dans les formations politiques.

« À quoi servent les femmes dans les partis politiques ? Mobiliser, accueillir, applaudir ou diriger ? », s’interroge-t-elle.
Selon elle, les femmes constituent pourtant une base importante dans la vie politique. Elles mobilisent les militantes, participent à l’organisation des activités, accompagnent les actions des partis et contribuent à leur visibilité. Mais cette présence active ne se traduit pas toujours par un positionnement dans les instances de décision.
Une représentation encore symbolique
Dans plusieurs gouvernements provinciaux, la représentation féminine reste ainsi limitée à une seule nomination, souvent dans des portefeuilles à caractère social. Une situation qui alimente le débat sur la promotion des femmes au sein des partis politiques et leur accès aux responsabilités stratégiques.
Pour Maguy MBUKU, la question de la parité ne doit pas se limiter aux nominations finales. Elle commence en amont, dans l’identification, la promotion et le positionnement des femmes au sein des partis politiques.
« Province par province, les femmes remplissent les partis politiques… mais pas les gouvernements », observe-t-elle.
Un enjeu de gouvernance inclusive
Cette analyse intervient dans un contexte où la Constitution congolaise consacre la représentation équitable de la femme dans les institutions publiques. Pourtant, dans la pratique, les exécutifs provinciaux restent largement dominés par les hommes.
La sous-représentation des femmes dans les gouvernements provinciaux relance ainsi le débat sur la nécessité d’une gouvernance plus inclusive et d’une meilleure prise en compte des compétences féminines dans la gestion des affaires publiques. Pour plusieurs observateurs, notamment Maguy MBUKU, la promotion des femmes dans les postes décisionnels constitue non seulement une exigence d’égalité, mais également un levier important pour renforcer l’efficacité de l’action publique.
Un appel à l’Action des femmes elles-mêmes
La question ne concerne donc pas uniquement les gouverneurs ou les partis politiques. Elle interpelle aussi les femmes elles-mêmes. Sont-elles suffisamment présentes dans les instances de décision de leurs partis ? Revendiquent-elles les postes stratégiques ? Se positionnent-elles au moment où les choix se font ?
La bataille pour la parité commence aussi à l’intérieur des partis politiques. Les femmes ne doivent plus se limiter à la mobilisation, au soutien ou à l’animation des structures. Elles doivent désormais s’imposer dans les espaces où se prennent les décisions, revendiquer leur place et exiger d’être proposées aux postes de responsabilité.
Car tant que les femmes ne seront pas visibles au moment des désignations, elles resteront nombreuses dans les partis politiques… mais absentes dans les gouvernements.
Ézéchiel NGAMANIA
