C’est une mauvaise pratique malheureusement très utilisée par la plupart des Africains et notamment les Congolais de la République démocratique du Congo. L’automédication est très souvent causée par la pauvreté, le faible pouvoir d’achats, le chômage ou par ignorance. Elle est par simple définition l’usage des médicaments sans prescription médicale, c’est-à-dire le fait d’acheter des médicaments lorsque l’on est malade et les consommer sans l’avis d’un médecin ou d’un pharmacien qualifié.

L’automédication présente plusieurs dangers pour la santé humaine et peut conduire à des maladies graves, pire à la mort.
Pour en savoir plus nous avons échangé au téléphone sur ce sujet avec Bonette TUMBI MUMPA, biologiste médicale et formatrice en communication digitale. Elle travaille actuellement dans la ville de Bandundu, en Province du Kwilu, dans l’ouest de la République démocratique du Congo.

POURELLE.INFO : Dans vos différentes publications sur les réseaux sociaux vous épinglez régulièrement l’automédication, une mauvaise pratique ancrée dans la tête des Congolais. Quel est ou plutôt quels sont les dangers de l’automédication ?
Bonette TUMBI MUMPA : Je parle souvent de ce sujet parce qu’on entend régulièrement des histoires tragiques autour de nous : “Papa n’avait rien, il a juste dormi et ne s’est plus réveillé”, “Maman allait bien, c’était juste une fièvre d’un jour, puis elle est morte”, “Ce n’était rien de grave, mais ça l’a tué”…
Derrière ces drames, se cache souvent une réalité silencieuse : l’automédication. Et voici quelques-uns des dangers majeurs :
- Erreur de diagnostic : Beaucoup pensent que toute fièvre, c’est le paludisme. Pourtant, la fièvre est un symptôme commun à de nombreuses maladies, certaines graves comme : la typhoïde, le COVID, les infections bactériennes ou même certains cancers. Traiter “à l’aveugle” peut masquer la vraie maladie et retarder son traitement.
Exemple : tu prends un médicament contre le palu alors que tu as une infection rénale, ce médicament n’aide pas, il aggrave même parfois la situation. - Effets secondaires graves : Certains médicaments ne conviennent pas à tout le monde. Selon ton état de santé, ils peuvent provoquer des réactions allergiques, des troubles digestifs, ou même des problèmes cardiaques.
Par exemple, quelqu’un qui souffre d’hypertension peut faire une crise s’il prend certains médicaments contre la douleur sans avis médical. - Interactions dangereuses : Prendre plusieurs médicaments en même temps, sans contrôle, peut entraîner des réactions toxiques. Il faut savoir que le médicament est aussi un poison contrôlé : il agit sur l’organisme de manière précise, et mal utilisé, il peut faire plus de mal que de bien.
- Résistance aux antibiotiques : C’est l’un des plus grands dangers. L’usage abusif ou incorrect des antibiotiques favorise l’apparition de bactéries résistantes. Résultat, ces antibiotiques ne fonctionnent plus quand on en a vraiment besoin.
Tu crées une “armée” de bactéries que plus rien ne peut arrêter. C’est comme si ton corps devenait un terrain de guerre contre les médicaments eux-mêmes. - Retard de prise en charge : Pendant que tu “essaies” plusieurs traitements à la maison, la vraie maladie progresse.
Imagine quelqu’un qui commence à perdre du poids, ressent de la fatigue, a des douleurs, mais prend de la quinine parce qu’il pense que c’est le palu. Or, c’est un cancer. Pendant ce temps, le cancer avance, et quand il décide enfin de consulter, il est trop tard.
POURELLE.INFO : Parmi les raisons données par les Congolais et Congolaises, c’est le manque d’argent qui les poussent à acheter eux-mêmes les médicaments. Que leur répondez-vous ?
Bonette TUMBI : Chez nous, en RDC, on attend souvent que la maladie devient grave avant de chercher de l’aide. On commence à emprunter de l’argent, à vendre des biens ou à solliciter les banques pour payer les soins… Mais parfois, c’est trop tard. La première phase de la maladie, ce qu’on appelle la phase aiguë légère ou les symptômes d’alerte, est souvent négligée. On minimise les signes, on dit “ça va passer”, “j’ai déjà eu ça, j’ai pris tel truc et c’était passé”. Et on continue comme si de rien n’était. Le paradoxe, c’est que pour s’habiller, sortir, fêter, manger, on dépense. Mais pour la santé, on hésite, surtout quand ce n’est “pas encore grave”. Mais si non, c’est une réalité que je comprends et que je respecte. Mais il faut aussi comprendre ceci :

- L’automédication finit par coûter plus cher : Ce qui commence comme un simple traitement devient un problème complexe qui nécessite des soins lourds, coûteux, parfois même une hospitalisation.
- Il existe des alternatives accessibles : Des centres de santé publics, des ONG et des structures communautaires qui offrent des soins abordables.
- Prévenir vaut mieux que guérir : Dépenser un peu maintenant, c’est mieux que de tout perdre plus tard à cause d’une complication évitable.
POURELLE.INFO : Quels sont alors les bienfaits ou quel est l’importance de faire des examens médicaux appropriés chez un médecin lorsque l’on est malade ?
Bonette TUMBI : Consulter un médecin ou un professionnel de santé, c’est se donner les meilleures chances de guérir correctement. Je m’explique, quand tu consultes un médecin, tu as les avantages suivant :
- Un bon diagnostic : Le médecin ne soigne pas seulement les symptômes. Il cherche la cause exacte à travers un interrogatoire médical et des examens. Ce qui permet d’avoir un traitement ciblé et efficace.
Par exemple : deux personnes peuvent tousser, mais l’une a une allergie et l’autre une tuberculose. Le médecin sait établir la différence. - Un traitement adapté : Le médecin prend en compte ton âge, ton poids, ton état de santé, les contre-indications. Il adapte la posologie, la durée du traitement et veille à éviter les interactions dangereuses.
- Un suivi médical : Ce que l’automédication ne permet pas. Un traitement n’est pas une solution miracle ; parfois, on doit l’ajuster. Le médecin vérifie si tu réagis bien, s’il faut changer de médicament, prolonger ou arrêter.
Exemple : si vous avez une infection urinaire, le médecin vérifie si les symptômes diminuent au bout de 48h, sinon il adapte. - Prévention d’autres maladies : Parfois, en consultant pour un problème, le médecin découvre autre chose d’important. Cela permet une prise en charge précoce d’une autre pathologie. L’automédication, elle, ne voit rien d’autre que ce que tu ressens. Et ce que tu ressens n’est pas toujours le vrai problème.

Ainsi donc, chères lectrices et chers lecteurs de POURELLE.INFO vous avez été suffisamment avertis à travers cet article sur les dangers de l’automédication. Un homme averti, une femme avertie en vaut deux. À vous de faire bon usage des conseils et explications donnés par la professionnelle de santé Bonette TUMBI MUMPA.
Dave NGONDE

Un commentaire
Chère compatriote Bonnette, je viens de lire ton affiche relative aux dangers que cause la pratique de l’automédication en Afrique avec une emphase placée sur la RDC. De prime abord, je te dis sans mâcher les mots que ton analyze est superficielle. Dans mon travail de fin de cycle rédigé en 1989 à l’Institut Supérieur d’études Sociales de Lubumbashi comme condition partielle pour l’obtention de mon diplôme de graduat en Sciences avec sociologie industrielle comme filière, j’en fait une étude approfondie. Mon travail s’intitulait, « Le Quartier Zaïre et la Problématique de l’Automédication ». L’analyze qui s’en dégage pointait du doigt le gouvernement de l’époque comme catalyseur de cette pratique. Les longues files d’attentes dans les hôpitaux causées par la méchanceté du corps médical découragent la population à fréquenter les centres Medico-sanitaires. Bien plus, le corps médical congolais est mal formé pour comprendre la psychologie du patient. Le recours à des pratiques illégales telles que la corruption figure parmi tant d’autres facteurs qui découragent le congolais à fréquenter les institutions hospitalières de la place. Les hôpitaux congolais sont mal équipés avec des médecins mal formés et incapables de comprendre la notion surdose à sa juste portée. Il suffit tout simplement de donner l’argent pour avoir une prescription médicale. Comme conséquence, les Congolais qui disposent de moyens financiers se font soigner l’étranger. Je t’informe que l’automédication en RDC est à avant tout le problème de notre gouvernement. Nos universités sont incompétentes pour former un corps médical professionnel capable de répondre aux besoins de la population. La prolifération des cliniques pirates et la vente des médicaments avariés au vu et au su de de l’autorité congolaise constituent autant de preuves qui démontrent à suffisance que la RDC est une horde sauvage où tout est possible. En guise de recommandation, l’Etat congolais devra revoir le programme de formation des médecins et, infirmiers et autres experts de la santé dans toutes ses institutions universitaires. Le gourdement devra mettre sur pied une politique salariale qui tient compte des besoins du moment.