Coordonnatrice de l’ONG Logos 1er, engagée depuis plus de deux décennies pour la protection de l’environnement en République démocratique du Congo, Jeannette BOSINGIZI est bien plus qu’une militante : elle est une pionnière, une combattante, une grand-mère visionnaire qui prouve que l’amour de la terre peut devenir un héritage générationnel.
Une histoire de courage et d’alignement
Née à Bukavu, aînée d’une fratrie de 15 enfants dont 10 sont encore en vie, Jeannette BOSINGIZI SULIA a grandi dans une famille modeste, fille d’un commerçant et d’une mère déterminée.
Mère de 3 enfants et grand-mère de 9 petits-enfants, elle s’est installée à Kinshasa sans plan préétabli. Mais comme elle le dit elle-même : « Les voies de Dieu sont insondables ». Ce sera donc à Kinshasa que sa vie prendra un tournant inattendu et durable: l’engagement écologique.
Une militante de terrain, une femme d’action
Son premier combat ? L’assainissement. Dès les années 2000, elle s’engage à nettoyer, reverdir et transformer les espaces publics, sans attendre l’État ou des financements massifs.
Parmi ses actions concrètes et emblématiques:
Assainissement de la place Royale à l’époque du gouverneur Kimbembe Mazunga; Nettoyage régulier de l’avenue des Ambassadeurs, de la commune de Kinshasa pendant 7 ans, et actuellement de la station Cobil de Ngaba;
Recyclage innovant : transformation de bacs rebutés de la Bralima à Boma en poubelles publiques;
Plantation d’arbres : tous les acacias de l’avenue de la Gombe (de l’hôtel Vénus jusqu’au pont) et les arbres devant la maternité de Kintambo ont été plantés sous sa coordination, à l’occasion de la Journée nationale de l’arbre.
Une femme primée, mais non arrêtée
En 2012, elle reçoit le Prix “Femme de Courage de la RDC” décerné par l’ambassade des États-Unis. Une reconnaissance nationale qui sera suivie de plusieurs autres distinctions. Mais loin de se contenter des hommages, elle continue sur le terrain, bottes aux pieds et convictions en bandoulière.
À 55 ans, elle retourne sur les bancs de l’école pour obtenir une licence en gestion de l’environnement et assainissement à l’IFAD. Une décision rare, qui démontre que l’âge n’est jamais un obstacle lorsqu’on a une vision.
Des échecs, mais jamais de renoncement
Comme tout parcours d’impact, le sien n’est pas exempt de frustrations. Son projet de recyclage des plastiques durs en poubelles, lancé avec énergie, n’a pas pu continuer faute de soutien. Jeannette BOSINGIZI déplore également le peu d’évolution des mentalités, malgré ses campagnes de sensibilisation, notamment auprès des femmes.
« La femme est éducatrice. Si elle ne change pas, la société ne changera pas », dit-elle.
Sa vision : gardienne de nos valeurs, actrice du climat
Femme profondément enracinée dans la culture africaine, elle alerte sur le danger du “copier-coller culturel”. Elle appelle à résister à tout ce qui nuit à nos valeurs, nos familles et notre lien à la terre.
« Ce qui est bon, on prend. Ce qui nous détruit, on rejette ».
Pour Jeannette BOSINGIZI , la femme africaine doit s’impliquer activement dans la protection de l’environnement, car c’est elle, la mère, la paysanne, la nourricière, qui paie le plus lourd tribut du changement climatique.
Pourquoi Jeannette BOSINGIZI SULIA inspire ?
Parce qu’elle n’a jamais attendu les moyens pour agir, elle a fait de la poubelle un outil d’espoir;
Parce qu’à 55 ans, elle reprend ses études pour mieux servir sa mission;
Parce qu’elle transforme chaque bout de ville en espace propre, vert et digne;
Parce qu’elle prouve que les valeurs, le courage et la foi sont des carburants plus puissants que les budgets.
Jeannette BOSINGIZI SULIA, c’est le visage d’un écologisme enraciné, pratique et engagé. Une grand-mère verte qui marche devant, plante, nettoie et parle vrai. Une Congolaise debout, pour une terre respectée, et une jeunesse éveillée.
Aggée CHUGA
