L’activiste Anny MODI a accompagné, ce mercredi 3 décembre 2025, un groupe de femmes survivantes des viols en cascade survenus à la prison centrale de Makala. Ensemble, elles se sont rendues au palais de justice, situé sur l’axe menant vers l’immeuble du Centre financier, dans la commune de la Gombe, à Kinshasa.

Toujours engagée auprès des plus vulnérables, Anny MODI estime que cette démarche est cruciale pour rétablir la dignité des victimes.

« Il était essentiel que nous accompagnions ces dames, car elles ont des droits qu’elles souhaitent faire valoir, mais ne savaient pas comment entamer les démarches. Dans notre travail d’accompagnement psychosocial, sanitaire et mental, nous leur fournissons également des informations sur leurs droits et devoirs. C’est ainsi que les femmes ont décidé de se constituer partie civile », a-t-elle déclaré.
Elle a également rappelé que certaines survivantes sont toujours détenues.
« Nous avons un groupe de prisonnières qui ont subi ces violences. Depuis leur sortie, nous avons travaillé avec des partenaires pour obtenir la libération de certaines, mais d’autres sont encore en prison à ce jour », a-t-elle précisé.
Selon Anny MODI, cette journée s’inscrit également dans l’esprit des 16 jours d’activisme contre les violences basées sur le genre.
« J’ai estimé que c’était une occasion de rappeler le droit à la justice, une justice réparatrice afin de soutenir ces femmes dont la situation avait été reléguée aux oubliettes. Nous avons sollicité notre partenaire pour l’accès à la justice, le cabinet KTF Lawyers, qui a accepté de représenter ce groupe de survivantes. L’audience était fixée pour aujourd’hui », a expliqué l’activiste.
De son côté, Maître Frédéric KWAMBA, avocat au barreau de Kinshasa/Gombe et défenseur des victimes de viol, a insisté sur l’importance de cette action judiciaire.

« Nous voulons obtenir justice, réparation, et la reconnaissance des graves violations des droits humains qui ont été commises dans un lieu censé être sécurisé », a-t-il affirmé.
Concernant la procédure, il a précisé : « Nous sommes venus introduire la demande. Ensuite, la cause sera renvoyée pour la mise en état, une phase durant laquelle nous communiquerons nos pièces à la partie adverse afin qu’elle puisse répondre ».
Des survivantes déterminées à obtenir justice
Interrogées par le média féminin de référence en Afrique POURELLE.INFO, plusieurs survivantes des violences sexuelles commises lors de l’évasion survenue dans la nuit du 1er au 2 septembre 2024 ont exprimé leur espoir de voir la justice enfin agir.
L’une d’elles, dont le prénom commence par M., témoigne : « Depuis que nous avons été victimes l’année dernière, nous n’avons bénéficié d’aucun suivi. Nous avons quitté la prison grâce à nos propres efforts. J’ai été condamnée à six mois et j’ai été violée par quatre hommes. Jusqu’à ce jour, je n’ai reçu aucun soin approprié. C’est pourquoi je suis venue déposer ce dossier et demander réparation ».
Une autre survivante, prénommée J., raconte les violences subies : « J’ai été emprisonnée pour purger une peine, mais durant ma détention, j’ai été victime d’un viol collectif commis par sept hommes. Depuis, ma santé est instable faute de prise en charge adéquate. Après le suivi de mon dossier au parquet, j’ai été libérée. Aujourd’hui, je suis venue au palais de justice pour faire entendre ma voix et demander réparation, car au-delà de ma peine, j’ai subi une grave injustice ».
Cette démarche portée par l’Asbl Afia Mama s’inscrit dans la promotion et la défense des droits des femmes dans un pays où ceux-ci sont trop souvent ignorés.
Ézéchiel NGAMANIA
