L’atelier national d’analyse sensible au genre des accords de paix en République démocratique du Congo s’est clôturé le 19 décembre 2025 dans la capitale congolaise. Les participants ont appelé à une inclusion effective des femmes ainsi qu’à la mise en place de mécanismes de suivi transparents, conditions essentielles à l’instauration d’une paix durable.

Réunis pendant deux jours, du 18 au 19 décembre 2025, des femmes leaders, des diplomates et des représentants d’institutions partenaires ont pris part à cette rencontre stratégique consacrée à l’examen des accords de paix régionaux et internationaux impliquant la RDC, dans un contexte marqué par la persistance de l’insécurité dans l’Est du pays.

Organisé avec l’appui d’ONU Femmes, du ministère du Genre, Famille et Enfant, de l’Ambassade de Norvège et d’autres partenaires, l’atelier a offert un cadre de réflexion critique sur les processus de paix en cours. Les participants ont notamment analysé les limites de ces accords face aux défis sécuritaires, politiques et sociaux auxquels le pays demeure confronté.
Dès l’ouverture des travaux, un déficit de légitimité des processus de paix existants allant des accords d’Addis-Abeba à ceux de Washington et de Doha a été relevé. Ce déficit est principalement attribué à la faible implication de la société civile, en particulier des femmes et des jeunes.
L’atelier a ainsi cherché à rompre avec une approche qui réduit les femmes au rôle de victimes, afin de les positionner comme actrices à part entière de la prévention des conflits, de la mise en œuvre et du suivi des accords de paix.

L’analyse des accords de Washington a mis en évidence leur forte orientation sécuritaire, axée sur la souveraineté nationale, le retrait des forces étrangères et la neutralisation des groupes armés. Toutefois, les participants ont souligné plusieurs zones d’ombre, notamment l’opacité des engagements américains et l’absence d’un traitement explicite de la question du M23.
À l’inverse, le processus de Doha, centré sur la gestion du M23 à travers des mesures de confiance et de désarmement, a été jugé davantage tactique que stratégique, avec le risque de conférer une légitimité politique à la rébellion.
Les échanges ont également porté sur l’intégration économique régionale, présentée comme un levier potentiel de paix durable, notamment à travers le développement de l’énergie, des corridors logistiques et de la transparence dans la gouvernance minière.
Cependant, les participants ont alerté sur les résistances liées aux intérêts économiques illicites, en particulier l’exploitation et l’exportation frauduleuse des ressources minières.
Concernant la crise sécuritaire dans l’Est du pays, l’atelier a conclu que les conflits ne se limitent pas à la seule question des ressources naturelles. Ils s’inscrivent également dans une lutte pour le pouvoir politique, impliquant des acteurs internes et externes, notamment le Rwanda, l’Ouganda et le Burundi. Cette situation est aggravée par la fragilité de l’État, la pression foncière, les tensions identitaires et l’exploitation illégale des ressources, dans un contexte où certaines forces régionales sont accusées de jouer un rôle ambigu.
Au terme des travaux, plusieurs recommandations ont été formulées. Les participants ont plaidé pour l’intégration systématique de la dimension genre dans les mécanismes de paix, notamment à travers l’instauration d’un quota minimum de 30 % de femmes dans les comités de suivi, la création d’un observatoire genre et la mise en place d’une commission indépendante de suivi des accords. Ils ont également insisté sur la nécessité pour la société civile de parler d’une seule voix, de renforcer la transparence des circuits miniers et de préserver la justice transitionnelle face aux crimes imprescriptibles.
Les conclusions de l’atelier débouchent sur un plan d’action concret, destiné à être porté auprès des autorités nationales avec l’appui de la ministre du Genre, Famille et Enfant, Micheline OMBAE, identifiée comme un relais institutionnel clé pour traduire ces recommandations en engagements politiques durables.

Aggée CHUGA
