À Kalemie, chef-lieu de la province du Tanganyika située dans le Sud Est de la République démocratique du Congo, les conflits armés et les violences intercommunautaires ont provoqué le déplacement de milliers de personnes. Parmi elles, des milliers des femmes qui représentent une majorité silencieuse, souvent inaperçue, mais dont la souffrance est immense.

Ces femmes déplacées vivent chaque jour dans des conditions que peu d’entre nous oserait imaginer. Fuyant les conflits, les violences armées ou les catastrophes naturelles, elles ont trouvé refuge dans des camps de fortune. Mais loin d’y trouver la paix, elles affrontent une nouvelle série de drames silencieux et constants. Ces femmes sont souvent seules, responsables de plusieurs enfants, sans accès stable à l’eau potable, à la nourriture, aux soins médicaux, ni même à un abri digne de ce nom. Elles se battent quotidiennement pour survivre, avec une dignité remarquable, mais dans une indifférence presque totale.
Leur quotidien dans les sites de déplacés est marqué par la précarité, la violence, l’exclusion et l’oubli. Cette situation constitue une tragédie humaine insupportable, qui mérite une attention urgente.

Ces femmes déplacées vivent dans des conditions de vie infra humaines, c’est-à-dire, dans des abris de fortune, avec un manque d’eau potable, une absence d’assainissement, accès limité aux soins de santé. Dans le site Katanika , situé en périphérie de Kalemie, 60 % de ménages sont dirigés par des femmes qui ont notamment fui les combats de l’AFC/M23 au Sud-Kivu, ou encore les calamités naturelles (la montée des eaux du Lac Tanganyika et les inondations), ainsi que les conflits intercommunautaires. Étant souvent seules avec leurs enfants, elles survivent grâce à de petits commerces, des travaux agricoles pénibles ou des aides tardives, insuffisantes pour couvrir leurs besoins essentiels. Et le traumatisme de cette vie au site est profond, ainsi que la peur constante des maladies, surtout pendant cette période de sécheresse.
Malgré cette réalité sombre, certaines femmes parviennent à se reconstruire et offrent un espace d’écoute, de thérapie collective et de réinsertion économique. Les femmes y apprennent à fabriquer du savon, tel que nous a expliqué Mireille KAMWANYA, conseillère au Ministère provincial du Genre, famille et enfants, au Tanganyika.

La situation des femmes déplacées à Kalemie reste largement ignorée par les autorités et les médias.
Les besoins humanitaires explosent, notamment après les inondations de ces dernières semaines qui ont touché plusieurs personnes mais aussi à cause de la fuite des combats au Nord et Sud-Kivu. L’absence de réponse coordonnée aggrave la vulnérabilité des femmes, qui se retrouvent prises dans un cycle de pauvreté, de violence et d’exclusion.
La vie des femmes déplacées à Kalemie est le reflet d’une crise de dignité humaine. Elles portent le poids de la guerre, de l’exil, de la violence et de l’indifférence. Mais elles portent aussi une force de résilience admirable. Il est urgent de leur redonner une voix, une protection, et surtout, une place dans la reconstruction de leur avenir.
Ignorer cette réalité, c’est accepter l’inacceptable. La ville de Kalemie a besoin de regards tournés vers elle, d’actions concrètes et d’une volonté collective de changer les choses. Car derrière chaque tente déchirée et de fortune, chaque regard fatigué, il y a une femme qui lutte pour survivre, et pour vivre et il y a une histoire de courage que le monde ne doit pas oublier, explique Josaphat-Marquis NGOY, point focal de la TASK FORCE Multinationale au Tanganyika.

La vie des femmes dans les sites de déplacés à Kalemie est profondément préoccupante et a sans doute des conséquences sociales. Ces femmes subissent des violences, de la marginalisation et sont plongées dans des conditions de vie extrêmement précaires :violences sexuelles et basées sur le genre, traumatismes psychologiques, stigmatisation sociale, ainsi que les conditions de vie dégradantes.
‹‹ Nous sommes fréquemment victimes de viols, certaines d’entre nous sont agressées lorsqu’elles quittent les camps pour chercher de la nourriture ou du bois et psychologiquement nous sommes affectées par le stress post-traumatique, la dépression et l’angoisse, surtout les survivantes des guerres dans l’Est de la RDC, pas d’accès à un soutien psychologique adéquat dans le site. Les femmes victimes de violences sexuelles sont parfois rejetées par leur communauté ou leurs familles vivantes dans les sites, ce qui aggrave leur isolement. Ce qui est plus grave les conditions de notre vie sont dégradantes, c’est à dire, pas d’accès à l’eau potable, à la nourriture suffisante, aux soins médicaux et à la sécurité, tout est limité. Ceci nous rend encore plus vulnérables ››, a expliqué Cécile SAFI, une femme déplacée.

Après tous ces témoignages recueillis par votre média, POURELLE.INFO, il est donc important que les autorités de ce site améliorent la sécurité dans et autour des sites de déplacés pour prévenir les agressions. Il faut aussi organiser des cliniques mobiles comme celles mises en place par MSF à Goma au Nord-Kivu, cela peut aider ces femmes de Kalemie. Aussi il serait important que les partenaires offrent des formations et des opportunités économiques aux femmes déplacées, ceci peut réduire leur dépendance et leur exposition aux risques. Et enfin il faut que la justice soit à l’œuvre pour poursuivre les auteurs de violences sexuelles afin de briser le cycle de la violence envers les femmes.
Eric KIYOMBO/Tanganyika
