Depuis l’accession de la République démocratique du Congo à l’indépendance en 1960, le rôle des femmes dans le domaine des médias a connu des évolutions contrastées.
À Kalemie, chef-lieu de la province du Tanganyika, dans le sud-est de la République démocratique du Congo, les femmes journalistes incarnent à la fois les témoins et les actrices du combat pour l’émancipation et l’autonomisation féminine des journalistes, malgré des défis persistants.
Si les premières décennies ont été marquées par une quasi-invisibilité, les dernières années laissent entrevoir des signes d’émancipation et d’autonomisation des femmes journalistes. Leur parole, souvent relayée dans les médias locaux, met en lumière les avancées, mais surtout les défis persistants auxquels elles font face depuis l’indépendance jusqu’à aujourd’hui.
C’est dans cette optique que nous avons décidé d’analyser ce cheminement, d’en dresser un bilan et de dégager les perspectives pour une plus grande équité dans les médias à Kalemie.
La journaliste Aimée OKOTA, l’une des professionnelles de médias que nous avons rencontré, dans cette partie du pays, nous parle ici de l’intégration féminine au sein de médias depuis l’indépendance :

« Nous sortons de l’ombre à la lumière, un parcours historique semé d’embûches au lendemain de l’indépendance, les femmes étaient très peu présentes dans les médias locaux et leur rôle se limitait souvent à des tâches administratives ou à l’animation de rubriques considérées comme “féminines”. L’accès à la formation journalistique était rare, et les barrières socioculturelles puissantes. Le journalisme était perçu comme un métier d’homme et l’engagement féminin y était parfois stigmatisé. Aujourd’hui nous sommes à un tournant progressif vers l’autonomisation féminine. À partir des années 1990, plusieurs facteurs ont contribué à une visibilité accrue des femmes journalistes : ouverture démocratique, création de radios communautaires, soutien d’ONG de promotion des droits des femmes, etc. Certaines figures féminines ont commencé à s’imposer dans l’espace médiatique local, servant de modèles à la jeune génération », a-t-elle raconté.
Ces femmes journalistes nous ont également parlé de quelques défis , c’est le cas de la journaliste Lydie AZIZA :

« En tenant compte des réalités actuelles, entre progrès et défis aujourd’hui, les femmes journalistes de Kalemie sont peu nombreuses, mais toujours confrontées à des difficultés, telles que la discrimination dans l’accès aux postes de responsabilité ; les conditions de travail précaires ; la faible prise en compte des questions liées au genre dans les lignes éditoriales, ainsi que le harcèlement et menaces dans l’exercice de leur métier.»
Et d’ajouter :
« Malgré ces défis, des progrès notables sont à souligner ces dernières années entre autres la création de réseaux de soutien entre femmes journalistes ; la mise en place de formations pour renforcer leurs compétences et leur leadership ; la sensibilisation accrue sur les droits des femmes, la lutte contre les violences basées sur le genre et sur la participation à des ateliers sur les résolutions de l’ONU en faveur de la paix et de l’inclusion des femmes dans les processus décisionnels ».
Le chemin vers l’émancipation et l’autonomisation des femmes journalistes à Kalemie est encore long, mais les avancées réalisées ces dernières années sont porteuses d’espoir.

En unissant les efforts des actrices elles-mêmes, des hommes alliés à cette cause, des structures médiatiques et des pouvoirs publics, il est possible de bâtir un paysage médiatique plus équitable, où la voix des femmes comptera pleinement.
Mais que prévoient de faire les femmes journalistes de Kalemie pour améliorer leur avenir dans le secteur médiatique dans la mesure où elles ont longtemps lutté et veulent voir un changement de mentalité ?
Voici la réponse de Aimée OKOTA :
« De prime à bord , à travers l’éducation, les médias et l’implication des hommes dans la lutte pour l’égalité, il faut multiplier des actions afin de renforcer l’émancipation journalistique féminine. Il faut notamment : intensifier les formations continues et spécifiques au genre ; créer un cadre juridique local protégeant les journalistes contre les violences sexistes ; promouvoir des modèles de réussite féminine dans les médias, et pour terminer, impliquer les institutions étatiques et la société civile dans des programmes de sensibilisation à l’égalité professionnelle ».
À Kalemie, les femmes journalistes ne se contentent pas de relater les faits : elles portent une voix, un combat, une vision.
Leur engagement est un levier puissant pour transformer la société, à condition qu’elles soient pleinement soutenues et reconnues. Car au fond, promouvoir l’émancipation des femmes journalistes, ce n’est pas défendre un privilège : c’est réclamer une justice, c’est rappeler que la démocratie ne peut progresser qu’à travers une pluralité de voix, d’expériences et de regards. Et qu’aucune voix ne doit être réduite au silence sous prétexte qu’elle est féminine. Comme le dit l’une d’elles : « Nous ne voulons pas seulement être entendues, nous voulons être écoutées et respectées ».
Eric KIYOMBO / Tanganyika
