Dans un pays où l’accès aux postes de décision reste un combat acharné pour les femmes, la situation est d’autant plus difficile pour celles vivant avec un handicap. Pourtant, en République Démocratique du Congo, une figure se dresse contre cette double marginalisation, incarnant la résilience et le leadership : Mimy Mopunga. Femme politique aguerrie, militante et ancienne députée, Mimy Mopunga est un modèle qui prouve que la détermination triomphe de toutes les barrières, y compris physiques.

Le Refus de l’Étiquette : « Je me bats comme toute autre femme »
Le parcours de Mimy est remarquable par son refus catégorique d’être définie par son handicap. Si le pays a bien institué en 2019 un ministère dédié aux Personnes Vivant avec Handicap (PVH), leur représentation dans les sphères de décision reste faible. Mais Mimy n’a jamais considéré sa situation comme un frein ou une catégorie à part.
« Je vous dis que moi, je n’ai jamais évolué dans une structure comme personne vivant avec handicap. Donc je me suis battue comme toute autre femme », explique-t-elle avec une détermination inébranlable.
Son engagement politique est précoce. Dès ses années universitaires, sous l’ère Mobutu, elle s’intéresse à la politique en rejoignant le comité estudiantin du MPR, posant les jalons de son avenir.

Le véritable tournant de sa carrière intervient en 1997. Après ses études, alors que le pays est plongé dans la tourmente des rébellions, Mimy prend une décision audacieuse : rejoindre le Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD), un mouvement rebelle qui dominait l’Est du pays.
Ses amis et camarades militaient pour qu’elle rejoigne leurs rangs, non pas en tant que femme handicapée, mais en tant que force vive. Pour eux, elle était « un homme » par sa combativité. Une validation qui, si elle est symbolique, a permis à Mimy de s’engager pleinement. Elle a milité sans relâche à Goma, la capitale du RCD, pendant cinq années cruciales.
Lors du Dialogue Inter Congolais qui a mené à la formation du Gouvernement de transition « 1+4 », Mimy Mopunga a exigé sa place légitime. Elle a choisi d’être députée. Une décision vivement contestée par certains de ses pairs masculins.
« Le débat était un peu chaud, les autres me soutenaient, ils disaient que non, on la soutient car c’est la seule femme, je me rappelle un, qui se mit debout pour dire qui est femme ? Mimy n’est pas une femme, elle est un homme comme nous, elle se bat comme homme. Nous aussi, nous devons la considérer comme un homme donc voilà », se souvient-elle.
C’est finalement son travail acharné, son courage et sa capacité à « aller parfois là où certains hommes avaient peur d’aller » qui ont convaincu les responsables de sa composante de la retenir parmi les députés nationaux.
Malgré les échecs électoraux de 2006 et 2011, Mimy n’a jamais croisé les bras. Aujourd’hui membre active du Cadre Permanent de Concertation de la Femme Congolaise (CAFCO), elle continue de militer pour la cause des femmes.
Mimy Mopunga insiste : la politique n’est pas un privilège. Si les femmes handicapées font face à la discrimination comme toutes les autres femmes, elles doivent aussi s’engager. Le handicap, selon elle, « n’est pas une excuse » pour la passivité.
Avec un gouvernement actuel affichant un taux de 27% de femmes et un ministère des PVH dirigé par une femme handicapée, Mimy Mopunga entrevoit une lueur d’espoir pour une RDC plus inclusive. Son parcours reste un puissant témoignage : la place d’une femme n’est pas dictée par les préjugés, mais par sa seule volonté de fer.
Herman Tumpa
