Alors que la crise sécuritaire à l’Est du pays continue d’endeuiller des milliers de familles, le débat sur le dialogue politique revient au centre de l’actualité. Mais loin des affrontements habituels entre majorité et opposition, ce sont trois femmes leaders qui prennent position, chacune avec sa lecture, ses réserves et sa vision de l’avenir national.
Dans un contexte où les femmes sont les premières victimes des conflits armés, leur voix ne se limite plus à l’appel à la paix : elle devient stratégique, politique et structurante.

Deux voix pour un dialogue encadré et responsable
Pour Marie-Josée BUNSANA, le dialogue est nécessaire, mais il ne peut être improvisé ni manipulé. Femme politique et cadre du MLC, elle estime que le pays ne peut rester dans un état permanent de tensions, de violences et de destructions. Toutefois, elle met en garde contre un processus sans objectifs clairs.

Selon elle, les priorités doivent être précises : intégrité territoriale, désarmement des groupes armés, départ des forces étrangères, et justice pour les coupables. Elle insiste également sur la place centrale des femmes, rappelant la Résolution 1325 des Nations unies qui reconnaît leur rôle dans la consolidation de la paix. Pour Marie-Josée BUNSANA, les femmes doivent être présentes afin d’éviter toute instrumentalisation politique du dialogue.
Animée par la même exigence, Justine TSHILANDA, économiste et actrice engagée dans les structures politiques nationales, considère que le dialogue n’est pas mauvais en soi, mais le plus important qu’il serve à la cohésion nationale et la prévention des tensions.

Elle souligne que le processus doit être inclusif: institutions, opposition, société civile, confessions religieuses, femmes et jeunes et traiter des questions essentielles : sécurité, gouvernance, élections, lutte contre la corruption et réconciliation nationale. Tout en reconnaissant les risques d’instrumentalisation, elle estime que la transparence et le respect des conclusions peuvent garantir la crédibilité du processus.
Une voix féminine qui dit non
À contre-courant, Diane TSHIBOLA rejette fermement l’idée d’un dialogue dans le contexte actuel.

Pour elle, l’expérience congolaise montre que le dialogue est souvent synonyme de partage de postes ministériels et d’amnisties déguisées. Elle redoute qu’un nouveau processus n’encourage l’impunité et ne récompense ceux qui prennent les armes.
Sa position est claire :
respect strict de la Constitution, poursuites judiciaires contre les rebelles, et accès au pouvoir uniquement par la voie électorale.
Elle met également en doute l’efficacité des dialogues précédents, estimant qu’ils n’ont pas apporté de solutions durables.
Une divergence de méthode, pas d’objectif
Malgré leurs positions contrastées, un point commun émerge : toutes invoquent la paix, la justice et la stabilité nationale. La fracture ne porte pas sur l’objectif final, mais sur le mécanisme pour y parvenir.
Dans ce débat crucial pour l’avenir du pays, ces trois prises de parole illustrent une réalité souvent ignorée : les femmes ne forment pas un bloc uniforme. Elles analysent, critiquent, proposent et assument des positions politiques claires.

Dans une période marquée par l’incertitude et la souffrance des populations civiles, leur engagement confirme que les femmes ne sont plus seulement des victimes des crises, mais des actrices majeures du débat national et, peut-être demain, des architectes de la paix.
MMK
