Dans les rues de Kalemie, une scène familière attire l’attention ces dernières semaines : des femmes transportant des ballots de vêtements, sillonnant les artères de la ville pour proposer des habits de seconde main à la population. Ce commerce, appelé communément « friperie ambulante », ne relève plus de la simple débrouille. Autrefois discret, il est devenu une partie essentielle de l’économie informelle locale. Poussées par le chômage, l’inflation et la précarité, plusieurs femmes du chef-lieu de la province du Tanganyika ont transformé la friperie ambulante en une bataille quotidienne pour nourrir leurs enfants, payer leurs scolarité, leurs soins médicaux et préserver une dignité souvent piétinée par la dureté de la vie .
Malgré tout, ces femmes tiennent bon, car chaque article vendu est un pas vers la stabilité du foyer. Elles sont les héroïnes silencieuses de Kalemie, les responsables inconnues de la résilience familiale. Derrière chaque robe suspendue dans leurs mains, se cache une lutte noble. Celle de transformer l’informel en espoir, la débrouille en dignité, et le courage en avenir.
Séraphine KABANGO, femme ménagère à Kalemie, explique les motivations qui poussent certaines femmes à cette activitééconomique :

« Dans un contexte marqué par une crise économique persistante et instable, et face à un chômage croissant, à une précarité galopante et à un accès limité aux ressources financières et à l’emploi formel, certaines femmes de Kalemie, particulièrement touchées par ces difficultés, s’orientent vers le secteur informel pour subvenir à leurs besoins. Parmi les solutions adoptées, la vente de vêtements de seconde main, communément appelée friperie, s’impose comme une activité accessible, à faible coût d’investissement et répondant à une forte demande dans les milieux populaires ».
Et d’ajouter :
« En se déplaçant de quartier en quartier, ces vendeuses exploitent une mobilité stratégique qui leur permet d’optimiser leurs ventes. Bien que les revenus générés soient modestes, ils restent essentiels à leur subsistance. De plus, ces commerçantes démontrent une maîtrise remarquable de la négociation, une grande capacité d’adaptation aux attentes des clients, et une flexibilité quotidienne qui illustre la richesse et la complexité de l’économie informelle. Ce phénomène mérite une attention particulière, car il révèle à la fois la précarité et la résilience des acteurs de l’économie de rue ››, a déclaré Séraphine KABANGO.
Au-delà de tout, la friperie ambulante est une activité porteuse de défis tels que l’instabilité et la précarité, c’est-à-dire, pas d’espace fixe, soumises aux intempéries et à l’insécurité, les pressions sociales qui parfois stigmatisent ou sous-estiment, l’absence de protection sociale. Malgré leurs efforts, ces femmes peinent à sortir de la précarité durablement.

Bien plus qu’une simple activité commerciale, elle représente une véritable stratégie de survie et d’émancipation pour de nombreuses femmes à Kalemie. Grâce à leur mobilité, leur sens des affaires et leur capacité d’adaptation, ces vendeuses parviennent à générer des revenus certes modestes, mais essentiels à la stabilité de leurs foyers. Cette activité favorise l’autonomisation féminine, permettant à ces femmes de devenir les piliers économiques de leur famille. Afin de renforcer son impact social et économique, il devient urgent de reconnaître, d’encadrer et de soutenir cette forme de commerce, véritable levier de développement local.

La friperie ambulante ne doit plus être perçue comme un simple bricolage économique, mais comme une forme de résilience face à l’adversité, une expression concrète du courage des femmes de Kalemie. Il est temps que les autorités, la société civile et les partenaires du développement reconnaissent et accompagnent ces initiatives qui, chaque jour, sauvent des vies dans l’ombre de l’informel.
Notons cependant que, la friperie ambulante n’est pas seulement l’apanage des femmes de Kalemie. À Kinshasa, elle existe bien longtemps mais beaucoup plus avec les jeunes gens. Ces derniers proposent des vêtements, souvent des pantalons aux jeunes filles étudiantes dans pratiquement toutes les universités de la place.
Eric KIYOMBO / Tanganyika
