Dans la capitale congolaise, la journée commence tôt pour beaucoup de jeunes filles. Avant les cours, il faut vendre, tresser, cuisiner, nettoyer, garder les petits etc. Puis courir vers l’école, parfois en retard, souvent fatiguée, mais déterminée.

Dans cette ville où tout se paie et où tout s’improvise, continuer les études quand on est une fille seule, c’est un acte de résistance quotidienne.
Nous avons rencontré trois jeunes filles kinoises. Trois parcours différents, un même combat : refuser l’abandon.
Étudier dans une ville qui n’attend personne
Kinshasa offre des opportunités, mais elle impose aussi une pression constante. Les frais scolaires, le transport, les supports de cours, la nourriture : tout repose souvent sur des familles déjà fragilisées. Et quand les moyens manquent, ce sont les filles qui paient le prix en premier.

Pourtant, certaines tiennent bon.
Comme Sarah, 17 ans, élève en 5ᵉ des humanités à l’Institut LIMA à Masina.
Après l’école, elle vend des beignets pour aider sa mère.
« Parfois je révise tard parce que la journée je suis au marché. Ce n’est pas facile, mais je veux finir l’école».
Se débrouiller pour ne pas décrocher
Dans cette capitale Kinshasa , autrefois leopoldville, la débrouille fait partie du quotidien. Pour ces jeunes filles, elle devient une stratégie de survie scolaire.
Déborah MBEYO, 19 ans, étudiante à HEC soir, ex.ISC, habitante de la commune de Ngaba, tresse les cheveux la journée et le week-end.
« Je paie mes syllabus avec ce que je gagne. Si je ne travaille pas, je n’étudie pas ».
Entre cours, clients et révisions, elle jongle entre le temps et la fatigue. Mais elle refuse de dépendre entièrement des autres.
Comme beaucoup de filles kinoises, elle apprend très tôt à se battre seule.
Kinshasa et la pression sociale sur les filles
Dans la capitale, les tentations, les dangers et les jugements sont nombreux.
Une grossesse non planifiée, un retard scolaire, un simple échec peuvent devenir des motifs d’abandon définitif. Merveille, 18 ans, élève à Matete, confie :
« On nous juge vite. Une fille qui échoue, on lui dit de se marier ou de se débrouiller autrement. Mais moi, j’ai choisi l’école, même si à Kinshasa, c’est souvent perçu comme aller à contre-courant, surtout lorsque les moyens ne suffisent pas ».
Le soutien invisible mais essentiel
Derrière ces filles, il y a parfois une mère qui se sacrifie, une sœur qui encourage, une tante qui insiste pour qu’elles continuent. Rarement des aides institutionnelles.
Souvent, la solidarité féminine. Ces soutiens discrets font éloigner l’abandon et créent la persévérance.

Étudier à Kinshasa, c’est refuser la résignation
Ces jeunes filles ne demandent pas la charité.
Elles demandent des conditions dignes, une chance équitable, le droit de ne pas être condamnées par leur genre ou leur situation sociale.
À Kinshasa, continuer les études quand on est une fille : c’est se lever tôt,
travailler avant ou après l’école, résister aux pressions, croire en l’avenir malgré les réalités d’aujourd’hui.
Ces filles qui luttent pour étudier grâce à une activité lucrative ne font pas de bruit. Mais elles construisent l’avenir.
MMK
