Elles sont sous représentées dans les livres d’histoires, ces femmes qui ont marqué l’histoire de l’Afrique lors de la grande période des indépendances des pays du continent noir.
Les femmes ont toujours occupé des places primordiales dans les structures de pouvoir de leurs pays et dans les luttes pour l’émancipation de leurs peuples. Panafricanistes, féministes ou anticolonialistes, reines ou héroïnes, elles sont nombreuses à défier les clichés encore à l’oeuvre sur la « femme africaine ».
Princesses, prophétesses, simples citoyennes, de nombreuses africaines se sont impliquées dans la lutte anti-coloniale après les tous premiers contacts entre Européens et Africains jusqu’aux années 60.
Le premier média des femmes vous présente quelques-unes d’entre elles à l’occasion de la journée internationale de la femme africaine (JIFA).
La première héroïne à vous présenter s’appelle Kimpa Vita/Dona Béatrice, congolaise de la RDC, née en 1684, tuée le 2 Juillet 1706. Jeune fille issue de la noblesse, Dona Béatrice tombe malade en 1704 et prétend être possédée par l’esprit de Saint Antoine. En ce début de 18ème siècle, le Royaume Kongo était divisé par des guerres civiles, son ancienne capitale, São Salvador, abandonnée avec l’arrivée des Portugais au Kongo en 1482.

Dona Béatrice appelle à la reconstruction du royaume et l’émancipation du peuple du Kongo face aux colons portugais. Elle lance une guérilla politico-religieuse. En 1706, elle est capturée par le roi Pedro II et brûlée comme hérétique sur ordre des moines capucins. Elle est aujourd’hui encore très considérée chez plusieurs peuples Kongo de la RDC, du Congo-Brazzaville ou encore de l’Angola, notamment dans certaines religions comme le kimbanguisme.
La deuxième s’appelle M’Balia Camara, orignaire de la Guinée. Née 1929, décédée le 18 Février 1955. Militante politique au sein du RDA, le parti pro-indépendance de Sekou Touré, M’Balia Camara dirige le comité local des femmes de ce parti dans la ville de Tondon, dans le Nord-est du pays. Elle fut membre très active de la contestation contre le délégué colonial local, le chef Almamy David Sylla. Après une altercation, ce dernier attaque M’Balia Camara le 9 février 1955 et la blesse gravement avec son épée alors qu’elle était enceinte. Elle accouche d’un enfant mort-né le 11 février avant de mourir elle-même une semaine plus tard. Cette mort tragique suscite une vague d’émotion dans le pays et 10.000 personnes assistent à son enterrement. Son décès renforce le mouvement en faveur de l’indépendance du pays.

Troisième héroïne : Aline Sitoé Diatta, combattante de l’indépendance du Sénégal. Née en 1920 et morte en 1944.Originaire de la basse-Casamance, Aline Sitoé Diatta fut l’une des premières résistantes contre la domination française. Orpheline très jeune, elle a été élevée par son oncle paternel. Quand celui-ci est mort à son tour, elle est partie vivre à Ziginchor où elle a travaillé comme docker puis à Dakar où elle trouva du travail comme domestique chez un colon. Un jour de 1941, elle entend une voix lui dire d’entrer en résistance contre les colons pour sauver le Sénégal et de retourner en Casamance sous peine de connaître un malheur. Elle choisit tout d’abord d’ignorer cette voix et devient paralysée quatre jours plus tard. Ce n’est qu’une fois de retour en Casamance, en 1942, que la paralysie disparaît même si elle garde en séquelle un léger boitillement.

À cette époque, la France est pleinement engagée dans la deuxième guerre mondiale et demande à ses colonies de contribuer à l’effort de guerre de la métropole. Les autorités françaises au Sénégal ponctionnent la moitié des récoltes de riz de Casamance. Révoltée par cet état de chose , Aline Siloé Diatta dissuade les habitants de sa région de participer à l’effort de guerre et les pousse à refuser l’enrôlement dans l’armée française.
On prête également à celle qui était surnommée “la femme qui était plus qu’un homme” des pouvoirs de guérison et de nombreuses personnes se déplacent pour la voir en pèlerinage afin d’obtenir un miracle. Ce pouvoir spirituel lui confère également une forte autorité sur la population. Craignant de possibles troubles dans cette région de Casamance traditionnellement réfractaire au pouvoir colonial, les autorités françaises arrêtent Aline Sitoé Diatta le 8 mai 1943, en même temps que son mari. Elle est ensuite transférée de prison en prison, au Sénégal, en Gambie puis à Tombouctou au Mali où elle décède finalement du scorbut en mai 1944.
Quatrième femme : Lalla Fatma N’Soumer, Algérienne 1830-1863. Femme éduquée née dans une famille de lettrés, elle rejoint la résistance kabyle à l’âge de 20 ans. Prophétesse et stratège, elle est très respectée parmi les combattants. En 1854, elle succède au chef de la résistance Chérif Boubaghla. Cette même année, elle remporte la bataille du Haut Sebaou, sa première victoire contre les français. Capturée au combat par l’armée française en 1857, elle meurt en prison à l’âge de 33 ans.

Il y a aussi Sarraounia Mangou, Niger, XIXe siècle.
« Sarraounia » signifie « reine » en langue haoussa. Elle a été cheffe politique et religieuse présidant depuis Lougou la capitale, aux destinées du royaume Azna, dans le sud-ouest du Niger. En 1899, elle organise la résistance contre la colonne d’exploration Voulet-Chanoine, réputée l’une des missions les plus meurtrières de la colonisation française en Afrique de l’Ouest. La Mission Afrique centrale, créée en 1898 et dirigée par les capitaines Paul Voulet et Julien Chanoine, partie de Saint-Louis du Sénégal devait rejoindre le Tchad. Sur son passage, la mission pille et détruit de nombreux villages dans les régions traversées. Mais à Lougou, ils rencontrent l’opposition des soldats de la Sarraounia Mangou.

« Dès qu’elle eût quitté Matankari, la Mission se heurta à l’hostilité des villages de Lougou et Tongana, situés à une vingtaine de kilomètres au nord-est de cette ville. Leur résistance acharnée coûta à la Mission 7 000 cartouches, 4 tués et 6 blessés », témoignent les archives de la colonne Voulet-Chanoine.
La dernière femme à avoir attiré notre attention est Anne Zingha. Au XVIIe siècle, Anne Zingha règne sur les royaumes de l’actuel Angola et parvient à éviter la colonisation de son pays. Une icône angolaise et panafricaine de la résistance à l’impérialisme européen. Une reine qui reste à ce jour un exemple de gouvernance féminine en Afrique.
À la mort de son père, le roi du Ndongo Ngola Mbandi Kiluanji en 1617, le frère d’Anne Zingha, Ngola Mbandi, le remplace à la tête du royaume. Peu charismatique, à l’inverse de son père, il est également moins intelligent que sa sœur. Ce dont il a conscience : en 1622, Ngola Mbandi envoie Anne Zingha à Luanda en émissaire, afin de négocier un traité de paix avec le gouverneur du Portugal. Lors de cet entretien, Anne Zingha s’impose comme une redoutable négociatrice et diplomate. Deux ans plus tard, son frère décède. C’est le moment qu’attendait Anne Zingha : elle prend le pouvoir, et devient reine. Ses tactiques guerrières et d’espionnage, ses qualités de diplomate, ses jeux d’alliances stratégiques ainsi que sa connaissance des enjeux commerciaux et religieux lui permettent de faire résister les royaumes du Ndongo et du Matamba aux velléités coloniales des Portugais et des Néerlandais, jusqu’à sa mort en 1663.
Grâce NGOMA
