Chaque année, depuis plus de 100 ans, la planète consacre une journée aux revendications pour l’égalité des sexes et des genres. C’est le 8e jour du mois de Mars. Bien plus qu’un simple symbole ou une journée prétexte, le 8 mars est une date chargée d’histoire! Cette journée célèbre l’idée d’un grand rassemblement international et annuel des femmes.
À l’origine de cette initiative se trouvait Theresa Serber MALKIEL(1874-1949), une militante engagée contre la suprématie blanche. Celle-ci défendait les droits des réfugiées ainsi que ceux des femmes, notamment aux côtés des suffragistes.

Américaine d’origine russe et juive, elle fut oubliée après la Seconde Guerre mondiale. Comme de nombreuses immigrantes juives et italiennes de l’époque, Theresa S. MALKIEL rejoignit rapidement le mouvement ouvrier et fonda un syndicat de confectionneuses de manteaux. Elle se méfiait des femmes non immigrantes issues des classes supérieures, qui avaient tendance à diriger les groupes militant pour le droit de vote des femmes.

Dans ses brochures, chroniques et discours, Theresa S. MALKIEL affirmait que la véritable égalité pour les femmes, les Afro-Américains, les immigrants et les enfants travailleurs ne pouvait être atteinte que par le socialisme. C’est dans ce contexte qu’elle proposa la première Journée Nationale de la femme en 1909, selon l’historienne de l’Université Rutgers, Temma KAPLAN.

Le 4 décembre 1909, dans The New York Call, un journal socialiste qu’elle avait créé avec son mari, Theresa S. MALKIEL lança un appel à la mobilisation.
En 1910, lors de la deuxième Conférence Internationale des Femmes socialistes à Copenhague, la socialiste allemande et rédactrice en chef de la revue Die Gleichheit(L’Égalité), Clara ZETKIN, proposa la résolution suivante :

« Les femmes socialistes de toutes nationalités organiseront, dans leurs pays respectifs, une journée spéciale des femmes, dont le but premier sera de promouvoir le droit de vote des femmes », avait-elle dit.
La conférence réunit une centaine de femmes venues de 17 pays, et la proposition fut aussitôt adoptée.
Cette idée s’inspira des Women’s Days organisés aux États-Unis par des femmes socialistes depuis 1908. Le Women’s Day était alors dédié à la cause des ouvrières américaines et dénonçait sans détour l’oppression des femmes.

En février 1909, le Parti Socialiste américain, qui militait pour le suffrage des femmes, fit du deuxième Women’s Day une de ses activités officielles. En 1910, une grève des ouvrières du textile à New York précéda le Women’s Day, amplifiant son impact, car des milliers de femmes grévistes y participèrent.
Fille d’un instituteur de village, Clara ZETKIN naquit en 1857 en Allemagne. Elle se destinait à l’enseignement, mais, durant ses études à Leipzig, elle fréquenta les mouvements féministes et s’engagea finalement en politique, rejoignant le Parti socialiste. Elle lutta au sein de son parti pour intégrer les revendications de l’égalité économique, politique et juridique des femmes. Peu à peu, elle s’imposa comme une dirigeante politique de renommée internationale et une théoricienne des questions d’égalité.
En 1892, elle devint rédactrice en chef du premier journal politique féminin, DIE GLEICHHEIT, longtemps unique en son genre en Europe. Elle y dénonçait notamment les conditions de vie difficiles des femmes ouvrières et liait la question féminine à celle du changement global de la société.

En août 1907, elle est élue présidente du Secrétariat international des femmes socialistes.
C’est à ce titre qu’elle lança, en 1910 à Copenhague, l’idée d’un grand rassemblement annuel des femmes pour obtenir le droit de vote, un droit que les Allemandes obtiendront finalement en novembre 1918. Clara ZETKIN devint députée et fut réélue jusqu’en 1933, date de l’arrivée au pouvoir des NAZIS.
En 1932, elle prononça le discours d’ouverture du nouveau parlement, où siégeaient déjà des députés Nazis. Dans ce discours, elle fustigea le nazisme et appela les Allemands à le combattre.
Menacée, elle dut fuir l’Allemagne et trouva refuge à Moscou, où elle mourut le 20 juin 1933, épuisée.

Le 8 mars 1914, les Allemandes réclamèrent le droit de vote lors d’un grand rassemblement. À partir de 1917, avec la grève des ouvrières de Saint-Pétersbourg, la tradition du 8 mars s’installa définitivement.
Le 8 mars 1921, Lénine décréta cette date Journée des femmes. Enfin, le 8 mars 1977, les Nations-Unies officialisèrent la Journée internationale de la femme. Depuis, cette date est devenue une journée de mobilisation mondiale, permettant de dresser un bilan et de faire avancer la cause des femmes.
En Suisse, les femmes socialistes s’engagèrent dès le début. Elles organisèrent la première Journée des femmes le 19 mars 1911 dans plusieurs villes de Suisse alémanique.
En Suisse romande, c’est en 1914 que 600 personnes se réunirent pour la première fois à Genève. Ainsi commença une longue tradition du 8 mars en Suisse : une journée d’action et de revendications pour l’égalité des sexes, mais aussi de solidarité avec les femmes du monde entier.
Aujourd’hui encore, cette journée reste d’une brûlante actualité. Certains droits que l’on croyait acquis sont remis en question, tandis que de nouvelles revendications émergent.
Pour cette année 2025, le thème retenu au niveau international est:
« Pour TOUTES les femmes et les filles : droits, égalité et autonomisation ».
Grâce NGOMA
