À Kinshasa, de plus en plus de jeunes femmes dénoncent une nouvelle forme de harcèlement : celui subi sur les motos-taxis, appelés communément wewa.
Placées au milieu entre le conducteur, souvent un homme et un autre client masculin, beaucoup disent vivre des attouchements, des frôlements insistants ou des propos déplacés qui transforment un simple trajet en véritable cauchemar.

“On ne peut plus monter en paix” : la parole des jeunes femmes
« Je rentrais de l’université. Le client derrière moi a collé tout son corps au mien. Quand j’ai protesté, le conducteur a dit : Maman calme-toi, c’est normal, la moto bouge », témoigne Grâce, 22 ans.

Un discours que beaucoup reconnaissent
Dans les groupes de jeunes filles, dans les quartiers ou sur les réseaux sociaux, les plaintes se multiplient : harcèlement, contact forcé, gestes délibérés justifiés par l’instabilité de la moto. Certaines racontent également des propositions obscènes, ou des remarques sexistes lancées en pleine circulation.
Un environnement propice aux abus
Le problème ne date pas d’hier, mais il prend de l’ampleur avec la surpopulation urbaine et la dépendance accrue aux motos-taxis, souvent l’unique moyen rapide de se déplacer. Le système de “trois personnes sur une moto” met les femmes dans une position vulnérable : coincées entre deux hommes, sans espace, sans possibilité de descendre rapidement et sans témoin.

Pour beaucoup, cette situation crée un sentiment d’impuissance. « On a peur de se plaindre, parce que les conducteurs se mettent vite en groupe et intimident », explique Naomi, 19 ans.
Le harcèlement sexuel dans les transports, un phénomène ignoré
En RDC, aucune réglementation spécifique n’encadre la sécurité des femmes dans les transports publics. Les motos, pourtant très utilisées, échappent presque totalement au contrôle. Le harcèlement sexuel y est rarement signalé, faute de mécanismes de plainte adaptés et d’une vraie prise en compte des violences en contexte de transport.

Pour les organisations féministes, ce silence institutionnel permet aux abus de se répéter. « Le harcèlement n’a pas besoin d’un bureau, d’un couloir sombre ou d’un lieu isolé. Il se passe aussi sur la route, à ciel ouvert, et il reste impuni », explique une activiste de la société civile.
Pour certaines observatrices, il est préférable que les filles/femmes montent seules sur ces motos taxis ou avec une personne de même sexe, afin d’éviter ces abus, malgré que le coût sera un peu plus élevé.

Aggée CHUGA
