À l’ONU, lundi 06 octobre dernier, la scène avait tout d’un rituel : discours solennels, chiffres alarmants, appels à l’action. Mais derrière la gravité des mots, un constat s’imposait : un quart de siècle après l’adoption d’un texte fondateur promettant de placer les femmes au cœur des efforts de paix, le monde reste plus violent que jamais et les femmes, plus souvent victimes que décideuses.

« Trop souvent, nous nous réunissons dans des salles comme celle-ci, pleines de conviction et de détermination, sans finalement parvenir à changer véritablement la vie des femmes », a déploré le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres , devant le Conseil de sécurité. Il a reconnu que les ambitions affichées dans la résolution 1325 « n’ont pas véritablement changé la vie des femmes et des jeunes filles prises dans un conflit ».
Ce texte, adopté en 2000 par le Conseil de sécurité, avait pourtant marqué un tournant historique : pour la première fois, l’Organisation affirmait que la paix ne pouvait être durable sans la participation active des femmes. Il ouvrait la voie à un vaste programme baptisé Femmes, paix et sécurité, destiné à transformer la manière dont la communauté internationale conçoit la guerre, non plus seulement comme un affrontement militaire, mais comme une crise humaine, où l’inégalité entre les sexes nourrit la violence et freine la réconciliation.
Cette nouvelle approche prolongeait l’élan né cinq ans plus tôt de la Déclaration et du Programme d’action de Beijing, premier cadre mondial pour l’égalité entre les sexes. Mais trois décennies plus tard, la promesse s’est effritée. En 2024, selon les Nations Unies, 676 millions de femmes vivaient dans un rayon de 50 kilomètres d’un conflit meurtrier, le niveau le plus élevé depuis les années 1990.
À ces paroles d’inquiétude a répondu un cri de colère. Noura ERAKAT, avocate américaine d’origine palestinienne spécialisée dans les droits humains, a pris la parole au nom de ses sœurs palestiniennes, privées de la possibilité de s’exprimer. Décrivant la guerre à Gaza comme un génocide, elle a dressé un tableau insoutenable : « En 2024, le taux de fausses couches a augmenté de 300 % à Gaza », a-t-elle affirmé, évoquant aussi les attaques contre les maternités et les cliniques, qui contraignent les femmes enceintes de l’enclave à « accoucher dans les toilettes publiques » ou à subir des césariennes sans anesthésie.

Ces voix multiples renvoient à un paradoxe : jamais le discours sur l’égalité n’a été aussi présent, et jamais les reculs n’ont été aussi manifestes. António GUTERRES l’a rappelé : «Les femmes sont des leaders de la paix pour toutes et tous ». Pourtant, les faits démentent cette conviction. Dans plusieurs régions, les régimes autoritaires restreignent les droits des femmes ; ailleurs, les budgets consacrés à leur autonomisation sont rognés au profit des dépenses militaires.
Pour l’ONU Femmes, l’heure n’est plus aux déclarations, mais aux actes : imposer des quotas contraignants de femmes dans les négociations, sanctionner les violences sexuelles, financer directement les organisations locales dirigées par des femmes. C’est à ce prix, seulement, que l’esprit de 2000 pourrait renaître.
Mais comme l’a résumé le chef de l’ONU : «Notre monde n’a pas besoin qu’on répète cette vérité, mais de résultats qui l’incarnent».
Grâce NGOMA
