L’examen d’État en République démocratique du Congo constitue l’ultime épreuve sanctionnant les études secondaires.
À Kalemie,chef-lieu de la province du Tanganyika, cette échéance revêt une importance particulière pour les jeunes filles élèves de ce coin de la République démocratique du Congo, qui y voient une passerelle vers l’autonomie et l’épanouissement.
Toutefois, cette période de préparation est aussi teintée de réalités complexes : contraintes sociales, responsabilités domestiques, manque d’encadrement, autant de facteurs qui influencent le chemin vers la réussite.

Quelle importance ces élèves de Kalemie donnent-elles à l’examen d’État et comment se préparent-elles ? Marie SAFI, élève de l’institut KIFUNGO que nous avons interrogée répond :

« Je suis motivée dans ma préparation pour les examens d’état parce que c’est un symbole d’accomplissement scolaire , car réussir cet examen est une preuve de ténacité et de mérite, surtout dans un contexte où les filles doivent souvent plus donner pour “mériter” leur place à l’école, aussi, c’est une ouverture vers l’avenir qui conditionne l’accès à l’enseignement supérieur, aux formations techniques ou professionnelles d’ingénierie et pour terminer, c’est aussi un défi identitaire où franchir cette étape est un moyen de s’affirmer en tant que jeune femme capable de surmonter les défis sociétaux et personnels ».
Malgré des moyens parfois limités, les jeunes filles font preuve d’ingéniosité et de rigueur en tenant compte des stratégies de préparation mises en place, telles que : les révisions en petits groupes, les cours de renforcement ou répétitions ; l’auto-discipline stricte et l’utilisation des outils numériques.
L’étudiante Jeanne NGONGO explique comment elle et ses collègues organisent les choses :

« Souvent nous nous organisons entre camarades après les tâches ménagères pour réviser certains cours, parfois dans l’enceinte de l’église, de l’école ou la nuit chez une voisine disposant de lumière ou d’un tableau et nous voyons aussi certaines familles investir dans des sessions privées, quand elles en ont les moyens. Il y a des cas où, vue la gestion du temps entre les tâches ménagères et les heures d’études tard dans la soirée, d’autres filles ont accès à des téléphones ou à Internet, elles se servent ainsi de vidéos pédagogiques ou de groupes WhatsApp éducatifs », a-t-elle dit.
La préparation aux examens d’État n’est jamais un long fleuve tranquille pour la majorité des jeunes filles de Kalemie, les réalités sociales et les obstacles rencontrés font surface , entre autres : les pressions familiales, la stigmatisation sociale, le manque de ressources pédagogiques ainsi que le stress psychologique. C’est notamment ce que nous a expliqué l’enseignante Bénita KUMWIMBA :

« On attend souvent des filles qu’elles s’occupent du ménage, des frères et sœurs, même en pleine période préparatoire, et vis-à-vis de la communauté, certaines filles sont découragées ou victimes de propos sexistes affirmant qu’elles n’ont “pas besoin d’étudier autant”. Autre facteur, nous trouvons dans certaines écoles peu de bibliothèques, des manuels partagés entre plusieurs élèves, l’absence de cours pratiques dans certaines filières, et il y a aussi la peur de l’échec, la fatigue cumulée, et parfois le manque de sommeil affectent la concentration de la jeune fille ».

Malgré tout, à Kalemie, chaque année, des jeunes filles brillent aux examens d’État. Leur réussite n’est pas un hasard, mais le fruit d’une réelle volonté, elles deviennent des modèles dans leur famille, dans leur quartier, elles inspirent d’autres jeunes filles à croire en l’éducation, elles renforcent leur estime de soi, en franchissant l’étape préparatoire, elles se sentent capables d’affronter des défis encore plus grands et elles ouvrent de nouvelles perspectives, qu’il s’agissent d’université, de concours professionnels ou de bourses d’études.

En soi, à Kalemie, chef-lieu de la province de Tanganyika, les jeunes filles abordent souvent les examens d’État avec détermination, courage et foi en l’avenir, malgré les entraves. Elles prouvent chaque jour que la volonté peut triompher des difficultés, et que la préparation intellectuelle est indissociable d’un combat social. Encourager et soutenir ces efforts revient à investir dans l’intelligence, la dignité et le progrès de toute une communauté.
Eric KIYOMBO / Tanganyika
