À Kalemie, chef-lieu de la province du Tanganyika, les femmes jouent un rôle essentiel dans l’économie locale, que ce soit dans le commerce, l’agriculture, l’enseignement ou les services. Pourtant, leur accès à un emploi stable, équitable et valorisé reste limité.

Nous avons interrogé deux femmes de Kalemie, qui se sont exprimées sur les défis, les impacts et les solutions possibles pour une meilleure intégration des femmes dans le monde du travail.
En effet, l’intégration des femmes dans le monde du travail a considérablement évolué, mais des défis persistants freinent leur progression. Entre attentes sociales, inégalités professionnelles et charge mentale domestique, elles doivent jongler avec de multiples responsabilités.

À travers leurs propos nous vous invitons à plonger au cœur des obstacles qu’elles rencontrent, les répercussions sur leur carrière et leur bien-être, ainsi que les stratégies permettant d’équilibrer engagement professionnel et vie personnelle.
Oui, malgré une forte présence sur le marché du travail, les femmes restent confrontées à plusieurs obstacles, notamment :les inégalités salariales et de promotion, les discriminations et stéréotypes de genre, la conciliation travail-famille, le harcèlement et l’insécurité au travail.
À ce sujet, Rosette NGOY, réceptionniste au Centre de santé “Shalom” , regrette qu’ à compétence et poste équivalents, les femmes gagnent souvent moins que leurs homologues masculins et l’accès aux postes de direction demeure limité en raison du plafond de verre, une barrière invisible qui empêche leur ascension professionnelle :

‹‹ De plus on constate le phénomène du plancher collant, où les femmes restent cantonnées à des postes subalternes, c’est également un frein à leur progression. Il y a encore la discrimination professionnelle où certains métiers sont encore perçus comme étant « réservés » aux hommes, rendant plus difficile l’entrée des femmes dans des secteurs comme la technologie ou l’ingénierie. Ajoutons à cela que les stéréotypes sur l’émotivité ou la maternité peuvent impacter leur crédibilité et leur évaluation professionnelle.
Dans la société, les femmes sont souvent responsables des tâches domestiques et du soin aux enfants, ce qui peut limiter leur disponibilité pour des opportunités professionnelles et ensuite un manque de flexibilité des entreprises et l’absence de soutien adapté (garderies en entreprise, congé parental mieux réparti) compliquent cet équilibre, travail-famille, j’ajouterais que les violences verbales, psychologiques et sexuelles sont une réalité pour de nombreuses femmes en milieu professionnel, ainsi que la peur des représailles ou de nuire à leur carrière empêche certaines de dénoncer ces comportements. Pour terminer, nous remarquons aussi qu’un climat de travail toxique peut entraîner une perte de confiance et un désengagement professionnel de la femme », a-t-elle dit.
Ces difficultés ont des conséquences multiples, à la fois sur les femmes elles-mêmes et sur l’économie en général. Sur ce paramètre, Rosette NGOY souligne que moins de femmes occupent des postes à responsabilité :

‹‹ Ceci réduit la diversité et l’innovation dans les entreprises, ainsi l’autocensure et le syndrome de l’imposteur sont plus fréquents, freinant l’affirmation et la prise d’initiative. Aussi, la santé physique et mentale de la femme est affectée, parce que l’accumulation de stress et de pression sociale peut engendrer du burn-out (épuisement professionnel). Et la charge mentale liée aux obligations domestiques et professionnelles accentue la fatigue et les troubles anxieux (inquiétude intense et persistante). La société et l’économie ne sont pas épargnées parce que, l’économie mondiale perd des milliards en raison de la sous-représentation des femmes dans certains secteurs clés et vous verrez que les entreprises ayant une forte diversité de genre sont plus performantes et résilientes et ont un meilleur rendement et une plus grande capacité d’innovation », a-t-elle souligné.
Afin de réduire ces inégalités et améliorer la condition des femmes travailleuses, plusieurs stratégies peuvent être mises en place, selon Eugenie KITENGE, agent à la Compagnie Africaine d’Aviation, CAA en sigle. Elle a exprimé son désir d’action à l’échelle d’une entreprise :

« L’entreprise doit mettre en place une politique salariale transparente pour éliminer les écarts injustifiés et encourager le mentorat et le leadership féminin pour accompagner les femmes dans leur évolution professionnelle. Instaurer des mesures de protection contre le harcèlement, avec des procédures claires et un soutien psychologique accessible, sans oublier de favoriser la flexibilité du travail (télétravail, horaires aménagés) pour une meilleure conciliation avec la vie personnelle. Par rapport aux actions au niveau sociétal, la famille doit promouvoir l’éducation à l’égalité dès le plus jeune âge pour déconstruire les stéréotypes, sensibiliser et légiférer contre les discriminations pour garantir une inclusion réelle des femmes, ainsi qu’encourager le partage des tâches domestiques afin de mieux répartir la charge entre les conjoints. Etant femmes travailleuses, nous avons une responsabilisation individuelle et d’autonomisation, c’est-à-dire, apprendre à négocier son salaire et ses conditions de travail ; se former et rejoindre des réseaux de femmes pour échanger des expériences et accéder à des opportunités. Et enfin, oser prendre la parole et revendiquer ses droits, que ce soit par des actions collectives ou individuelles », a-t-elle déclaré.
Ainsi l’on peut affirmer que les femmes jouent un rôle crucial dans le développement économique et social, et leur place en entreprise doit être reconnue et valorisée. Si des progrès ont été réalisés, il reste du chemin à parcourir pour assurer une véritable égalité des chances et un environnement de travail inclusif. En combinant efforts personnels, engagement des entreprises et actions législatives, nous pouvons construire un monde professionnel plus équitable et équilibré, où les femmes s’épanouissent pleinement sans renoncer à leur contribution essentielle au foyer et à la société. Les femmes de Kalemie ne demandent pas la charité, mais l’équité. Elles veulent être reconnues comme actrices du développement, capables de contribuer pleinement à la société. En écoutant leurs voix, en valorisant leurs efforts et en soutenant leurs initiatives, Kalemie peut devenir un modèle d’inclusion et de progrès.
Eric KIYOMBO
