Fifi FALASI, Coordinatrice de Programme au sein de l’ONG internationale Hanns Seidel à Kinshasa, a échangé avec le média POURELLE.INFO sur l’impact des ONG dans l’éducation des jeunes filles dans la Capitale congolaise.
Concernant l’intervention des ONG dans l’émancipation et le développement personnel des jeunes filles de la communauté kinoise, Fifi FALASI souligne qu’il existe plusieurs organisations non gouvernementales qui œuvrent pour la promotion des droits des femmes et des jeunes filles en RDC, et particulièrement à Kinshasa. Cependant, elle précise que le nombre de structures dont l’objectif principal est l’accompagnement des jeunes filles pour leur émancipation reste relativement faible.
« Les contraintes financières auxquelles font face la plupart des ONG congolaises expliquent leur dépendance à l’égard des bailleurs de fonds pour la mise en œuvre des activités dont les thématiques attirent les bailleurs. En effet, il existe peu d’organismes locaux qui travaillent sur fonds propres », a-t-elle expliqué parlant de l’un de défis qui réduit le nombre des structures.
Par ailleurs, Fifi FALASI estime que le financement des bailleurs étant souvent lié à des objectifs et des lignes directrices qu’ils se sont fixés, il arrive que ces priorités ne correspondent pas toujours aux attentes des ONG requérantes, ce qui entraîne un faible intérêt pour la cause des jeunes filles.
Malgré ces difficultés, Fifi FALASI souligne qu’il existe une dynamique intéressante parmi les jeunes filles de Kinshasa. Certaines se sont lancées dans l’entrepreneuriat, d’autres dans l’encadrement de leurs pairs, et une minorité a même pris des initiatives politiques. Dans tous les cas, il est évident que la jeune fille kinoise a beaucoup évolué.
« On la voit sur les réseaux sociaux proposer des solutions innovantes, apporter des alternatives aux problèmes de la communauté, et prendre position face à diverses situations. Cela, grâce à l’encadrement dont elle bénéficie de la part de plusieurs acteurs, y compris les ONG », a-t-elle déclaré.
Et d’ajouter :
« Certes, les résultats et l’impact ne sont pas encore très grands, mais ils sont perceptibles. Si les actions menées en faveur des jeunes filles prennent mieux en compte leurs véritables besoins, et si les jeunes filles sont intégrées dans la chaîne de sensibilisation en amont et impliquées dans les activités de terrain, l’impact serait encore bien plus significatif».
Fifi FALASI souligne également le rôle des parents dans l’atteinte des résultats.
En effet, pour les jeunes filles issues de familles, il est crucial selon elle que l’action menée par les ONG soit complétée et renforcée par les parents ou les tuteurs. Un laisser-aller au sein des familles est parfois à la base des maigres résultats enregistrés.
« Les ONG devraient jouer le rôle d’agent de socialisation des jeunes filles, au même titre que les familles, les églises et l’école. Elles doivent offrir aux jeunes filles un cadre d’apprentissage et de performance. C’est en participant aux activités des ONG que les jeunes filles pourront acquérir des qualités essentielles telles que l’esprit d’équipe, l’empathie, la résilience, etc. Au lieu de se concentrer uniquement sur un contenu purement théorique, les programmes proposés par les ONG devraient privilégier l’étude de cas afin de mettre les apprenantes face à des situations nécessitant réflexion, innovation, engagement, résilience et détermination. Cela permettra de faire de ces jeunes filles des citoyennes accomplies», a-t-elle expliqué.
Fifi FALASI fait également savoir que les programmes éducatifs soutenus par les ONG contribuent à l’autonomisation des jeunes filles à Kinshasa aujourd’hui, ce grâce à une panoplie de programmes visant l’autonomisation des jeunes filles :
« On peut mentionner, entre autres, les programmes de promotion de l’entrepreneuriat et de création de startups par les jeunes filles. Il y a également des programmes de mentorat qui permettent à ces jeunes filles de s’inspirer du parcours de femmes beaucoup plus expérimentées évoluant dans différents domaines. Cependant, la formation, l’apprentissage et l’insertion professionnelle restent les clés d’une autonomisation réussie des jeunes filles».
Grâce à ces différents programmes, un nombre important de jeunes filles commencent à se distinguer. On voit des filles participer à des concours d’entrepreneuriat ou dans d’autres domaines et figurer parmi les lauréats. On retrouve également des jeunes filles dans l’artisanat et d’autres réalisant des exploits dans les secteurs des services (restauration, couture, esthétique, commerce, mannequinat, marketing, etc.).
Pour finir, Fifi FALASI a abordé les obstacles qui entourent le travail de promotion des jeunes filles.
Le premier obstacle est le suivant :
« C’est la jeune fille elle-même. En effet, dans plusieurs programmes d’encadrement mis en place en faveur des jeunes filles, on constate beaucoup de cas d’abandon et de désertion. La jeune fille n’a pas encore suffisamment pris conscience de sa situation. Elle fait preuve de moins de résilience. Certaines pesanteurs liées à l’épanouissement des femmes congolaises, d’une manière générale, sont également constatées chez les jeunes filles. Il y a notamment les pesanteurs culturelles, le contexte économique délicat, les stéréotypes, etc. », a-t-elle cité.