Dans la province du Tanganyika, un phénomène préoccupant se développe discrètement mais à grande échelle : l’utilisation clandestine de médicaments par de jeunes filles, souvent adolescentes, dans le but de provoquer des avortement. Derrière le silence de ces actes se cachent des histoires de peur, de solitude, de pressions sociales, et de manque d’information. Beaucoup de ces jeunes filles se retrouvent livrées à elles-mêmes, sans soutien, ni cadre médical sécuritaire, au péril de leur santé, voire de leur vie.

Ce phénomène suscite un sentiment profond de regret et d’impuissance au sein des communautés locales. Il témoigne d’une crise silencieuse qui remet en question non seulement l’accès à l’éducation sexuelle et reproductive, mais aussi le rôle de la famille, de l’école, de la société et des institutions publiques dans la protection des jeunes filles.

La question reste de comprendre les motivations qui poussent ces jeunes filles à agir en cachette, les conséquences graves qui en découlent tant sur le plan individuel que collectif, et surtout, d’identifier des pistes de solutions pour enrayer ce fléau et restaurer un climat de dialogue, de prévention et de solidarité.
Evoquant les motivations profondes derrière cette pratique silencieuse, Martine MBUYU, actrice sociale, que nous avons interrogée explique que la décision de recourir à des médicaments abortifs n’est que rarement un choix fait à la légère :

‹‹ Elle se fait généralement dans un contexte de peur, de solitude et de désespoir, ce à cause de la stigmatisation sociale liée à une grossesse non désirée, surtout hors mariage, cela pousse les jeunes filles à cacher leur situation à tout prix; en plus, l’absence de dialogue sur la sexualité dans les familles, par la maman à ses filles, et dans les écoles, crée un vide éducatif, où l’ignorance fait place à la prise de décisions risquées. Enfin, la pauvreté joue aussi un rôle central, c’est-à-dire, ne pouvant assumer les frais d’un avortement médicalisé ou craignant les regards accusateurs du personnel de santé, certaines se tournent vers des solutions à portée de main, les médicaments achetés au marché noir ou via des recommandations peu fiables », a-t-elle relaté.
Des conséquences lourdes et souvent irréversibles battent records dans des circonstances pareilles, explique Rehema EMEDI, Éducatrice dans la ville de Kalemie :

« Le recours à l’automédication dans un cadre non médicalisé est extrêmement dangereux. Primo, sur le plan physique où les complications sont nombreuses : les infections, les hémorragies, la stérilité, voire des décès. Ces risques sont accrus dans des milieux sans structures de santé adéquates. Secundo, psychologiquement, ces jeunes filles, souvent livrées à elles-mêmes, vivent avec une culpabilité pesante, un stress post-traumatique ou encore un sentiment d’abandon, et pour terminer, socialement, le secret de l’acte n’est jamais réellement gardé. Certaines jeunes filles sont rejetées ou stigmatisées, abandonnent l’école et voient leur avenir compromis ».
Ce phénomène ne peut plus être ignoré et chaque cas d’avortement clandestin est un cri étouffé, une souffrance évitable, et un signal d’alarme pour toute la société.
La responsabilité est collective : protéger ces jeunes filles, c’est défendre l’avenir même du Tanganyika.
Mais comment le faire ? Martine MBUYU répond :

« Notre responsabilité doit être collective afin de prévenir et d’accompagner la jeune fille pour éradiquer ce fléau, c’est-à-dire, face à un phénomène aussi destructeur, l’indifférence n’est plus permise. Des pistes concrètes peuvent et doivent être envisagées : d’abord, parler de l’éducation sexuelle complète, c’est-à-dire,introduire dans les écoles des programmes adaptés, dispensés avec sensibilité, pour informer sans juger ; Favoriser l’écoute et l’empathie en créant des espaces sûrs où les jeunes filles peuvent parler, se renseigner et recevoir de l’aide sans craindre d’être punies ou moquées ; aussi renforcer le système de santé en déployant des services de planification familiale accessibles, formés aux besoins spécifiques des adolescents. Enfin, une implication communautaire où les leaders religieux, coutumiers et parents doivent être des alliés dans la lutte contre ce fléau en déconstruisant les tabous ››, a-t-elle déclaré.
Eric KIYOMBO / Tanganyika
