La récente mise en place de soixante-neuf (69) Secrétaires généraux de l’administration publique en République démocratique du Congo, intervenue par arrêté ministériel du 28 janvier 2026, remet au cœur du débat public la question de la place des femmes dans les hautes sphères décisionnelles de l’État.
Sur les 69 responsables nommés, seules dix (10) sont des femmes, soit 14 % de représentation féminine, contre 86 % d’hommes. Un chiffre révélateur d’un déséquilibre structurel persistant, selon l’analyse de Maître Pacifique NKUZI.

Une décision juridiquement fondée, mais révélatrice d’un écart de genre
Sur le plan juridique, cette mise en place repose sur un socle normatif solide, notamment la Constitution du 18 février 2006 telle que révisée, la loi portant statut des agents de carrière des services publics de l’État, le Code de conduite de l’agent public, ainsi que les textes réglementaires organisant la carrière administrative et le fonctionnement du Gouvernement.
Cette décision s’inscrit dans une volonté affichée de moderniser l’administration publique, d’améliorer sa performance, de renforcer la transparence et la redevabilité, tout en valorisant les compétences internes.
Toutefois, pour Maître Pacifique NKUZI, la faible présence des femmes au sommet de l’administration traduit un décalage entre les engagements normatifs de l’État et leur application concrète dans la pratique institutionnelle.
14 % de femmes : un symptôme de déséquilibres structurels
Contrairement aux discours souvent avancés, cette sous-représentation ne saurait être interprétée comme une absence de compétences féminines. Elle résulte plutôt d’un effet cumulatif des trajectoires professionnelles longues et hiérarchisées, dans lesquelles les femmes demeurent insuffisamment positionnées dès les niveaux intermédiaires de responsabilité.
L’accès limité aux postes stratégiques, la faible exposition aux formations de leadership administratif, l’absence de mécanismes structurés de mentorat et de coaching, ainsi que des processus de promotion peu sensibles au genre constituent autant de freins à l’émergence du leadership féminin au sommet de l’appareil administratif.
Des engagements constitutionnels et internationaux encore peu opérationnels
La Constitution congolaise, en son article 14, consacre pourtant l’égalité entre les femmes et les hommes. À cela s’ajoutent les engagements internationaux ratifiés par la RDC, notamment les Objectifs de développement durable (ODD 5), les résolutions 1325, 2250 et 2419 du Conseil de sécurité des Nations unies, ainsi que plusieurs conventions relatives aux droits humains.
Pour Maître NKUZI, ces normes devraient être explicitement intégrées dans la motivation juridique des actes de nomination et de promotion, afin d’en renforcer la portée et d’en faire de véritables leviers de transformation institutionnelle. L’égalité de genre ne peut plus rester déclarative ; elle doit devenir une exigence juridique et opérationnelle.
Réformer la gestion des carrières pour une administration inclusive
Face à ce constat, l’expert NKUNZI plaide pour une réforme intentionnelle et sensible au genre de la gestion des ressources humaines de l’État. Celle-ci passe par l’intégration transversale du genre à toutes les étapes de la chaîne décisionnelle : recrutement, sélection, évaluation et promotion. Des mécanismes de recrutement inclusifs, combinés à des mesures correctives temporaires, ainsi que des programmes ciblés de leadership, de mentorat et de coaching, permettraient de sécuriser les parcours professionnels des femmes et de préparer durablement leur accès aux fonctions supérieures. L’adoption d’indicateurs sexo-spécifiques et l’instauration d’une obligation de résultats renforceraient , par ailleurs, la redevabilité des institutions publiques.

Dix femmes, une opportunité stratégique pour transformer l’État
Malgré leur nombre limité, les dix femmes Secrétaires générales nommées représentent une opportunité stratégique majeure. Présentes dans des secteurs clés tels que la Fonction publique, les Finances, le Genre, l’Environnement, la Formation professionnelle ou encore la Justice, elles peuvent impulser une dynamique collective de transformation.
Maître Pacifique NKUZI propose la mise en place d’un Agenda commun des femmes de la haute fonction publique, fondé sur la synergie, la solidarité intersectorielle et la vigilance partagée. Cet agenda permettrait d’institutionnaliser le gender mainstreaming, d’intégrer la budgétisation sensible au genre et de renforcer l’ancrage juridique des droits des femmes dans les réformes de l’État.
Faire de l’égalité une réalité institutionnelle
Au-delà des chiffres, l’enjeu est celui de la modernisation de l’administration publique et de la crédibilité de la gouvernance. Investir dans le leadership féminin, c’est renforcer la performance de l’État, améliorer l’efficacité des politiques publiques et promouvoir une justice sociale durable.
Pour Pourelle.info, cette analyse rappelle une évidence : l’égalité de genre dans l’administration publique ne doit plus être une promesse, mais une réalité mesurable et assumée, au service d’une gouvernance inclusive et équitable en République démocratique du Congo.
MMK
