L’autonomisation économique des femmes ne se résume pas à leur simple capacité à générer des revenus. Elle est l’expression concrète d’un renversement silencieux, mais profond, des rapports de pouvoir traditionnels dans nos sociétés.
À Kalemie, chef-lieu de la province du Tanganyika, elle devient un outil de conquête des droits, un moyen d’affirmation identitaire et un accélérateur de transformation collective. Pourtant, cette émancipation économique est encore trop souvent perçue comme un déséquilibre, voire une menace pour l’ordre conjugal.
Comment peut-on rééquilibrer les rapports de force au sein du foyer ? Seraphine TUNANGU affirme que dans le contexte où les hommes sont historiquement perçus comme seuls pourvoyeurs économiques des familles, voir une femme devenir autonome peut être vécu comme un affront, une “prise de pouvoir”, or, cette autonomie redistribue les rôles sans les nier :

‹‹ Elle permet aux femmes de contribuer aux charges, de négocier les choix du couple et d’avoir voix au chapitre sur des décisions majeures (éducation, logement, alimentation, etc.). Ainsi, le modèle de “chef de famille” unique est remplacé par une gouvernance conjugale partagée, souvent plus efficace et plus juste », a-t-elle déclaré.
L’autonomie est souvent perçue comme un objectif individuel : gagner sa vie, prendre ses propres décisions, construire son avenir. Pourtant, cette indépendance peut avoir des effets bien plus larges que prévu. Lorsqu’elle est bien consolidée, elle peut générer des retombées positives sur plusieurs générations. C’est ce que nous appelons une autonomie aux retombées multigénérationnelles.
Séraphine TUNANGU martèle que les femmes économiquement autonomes investissent massivement dans l’éducation et la santé de leurs enfants :
‹‹ Selon de nombreuses études, chaque Francs Congolais entre leurs mains a un effet multiplicateur sur le développement humain, et ce phénomène participe à briser le cycle intergénérationnel de la pauvreté : moins de mariages précoces, plus de filles scolarisées, meilleure nutrition dans les foyers. D’où, l’autonomie économique devient ainsi une boussole générationnelle, orientant la trajectoire des enfants vers l’autonomie, la responsabilité et l’égalité », a-t-elle ajouté.

Une dynamique collaborative entre conjoint est un chemin incontournable au cœur de l’économie en famille, elle exige de co-construire de nouveaux équilibres avec le mari, c’est réinventer l’économie comme un projet collectif, où chacun contribue à bâtir un avenir plus juste, plus durable et plus humain.
« Cette transformation économique ne doit pas se faire en opposition, mais dans la complémentarité. L’enjeu n’est pas de renverser la ligne éditoriale familiale établie dans le foyer, mais de sortir du rapport de domination économique, d’où, il est essentiel d’impliquer le mari : comprendre sa crainte, dialoguer, l’éduquer à d’autres formes de masculinité. C’est ainsi que se bâtira un foyer équilibré : non dans la confrontation des genres, mais dans la co-élaboration de modèles plus équitables », a souligné Séraphine TUNANGU.
À Kalemie, dans l’est de la République démocratique du Congo, l’autonomisation économique des femmes se révèle être un levier majeur de transformation sociale et familiale. En accédant à des revenus stables grâce à des activités génératrices de revenus, les femmes gagnent en indépendance et en pouvoir de décision au sein du foyer. L’autonomie féminine devient ainsi un véritable moteur de refondation communautaire.
Eric KIYOMBO MALALE
