Dans les combats pour les droits des femmes africaines, certains noms résonnent avec la force du courage, de la science et de l’action. Nahid TOUBIA, chirurgienne, militante et chercheuse soudanaise, fait partie de ces pionnières qui ont osé parler là où le silence tue, qui ont agi là où la culture blesse.
Première femme chirurgienne du Soudan, Nahid TOUBIA est aujourd’hui mondialement reconnue pour son engagement contre les mutilations génitales féminines (MGF) et pour la santé sexuelle et reproductive des femmes africaines.
Une pionnière dans la médecine et le militantisme
Née à Khartoum, Nahid TOUBIA devient en 1977 la première femme à exercer la chirurgie au Soudan, brisant à la fois les plafonds de verre et les tabous sociaux. Elle poursuit ensuite sa formation au Royaume-Uni, où elle se spécialise en chirurgie vasculaire. Mais très vite, sa conscience féministe la pousse au-delà du bloc opératoire : elle réalise que la santé des femmes africaines est profondément liée à leur statut social, culturel et politique.
Elle quitte donc la chirurgie clinique pour se consacrer entièrement à la santé publique, à la recherche et à l’activisme féministe, avec une focalisation particulière sur les MGF, une pratique largement répandue dans de nombreuses régions du Soudan.
Dire l’indicible : briser le silence sur les MGF
Dans les années 1990, Nahid TOUBIA crée l’organisation RAINBO (Research, Action and Information Network for Bodily Integrity of Women), un réseau panafricain basé à New York et Kampala, qui milite pour l’intégrité corporelle des femmes. À travers des programmes éducatifs, des actions communautaires et des campagnes politiques, RAINBO travaille avec les communautés pour remplacer les rites mutilants par des alternatives culturelles respectueuses.

Elle publie plusieurs ouvrages de référence, parmi lesquels :
Female Genital Mutilation: A Call for Global Action (1995);
Female Genital Mutilation: A Guide to Worldwide Laws and Policies (2000);
Ses écrits, traduits dans plusieurs langues, influencent durablement les politiques publiques à travers le monde.
Une voix soudanaise sur la scène internationale
Nahid TOUBIA est l’une des rares expertes africaines régulièrement consultées par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’UNICEF, le PNUD ou encore le FNUAP (Fonds des Nations unies pour la population) sur les questions de santé reproductive, de droits humains et de pratiques traditionnelles nuisibles.
Elle enseigne également à la Columbia University School of Public Health aux États-Unis, apportant une voix féminine, africaine, médicale et militante dans des sphères souvent dominées par une vision occidentale des droits des femmes.
Militer avec rigueur, parler avec courage
L’une des grandes forces de Nahid TOUBIA, c’est sa capacité à parler sans détour des violences subies par les femmes, tout en respectant les sensibilités culturelles. Elle ne diabolise pas les communautés pratiquant les Mutilations Génitales Féminines (MGF), mais travaille avec elles pour changer les normes de l’intérieur. Ce positionnement nuancé lui vaut à la fois respect et efficacité.
Elle affirme :
« Le véritable changement viendra quand les femmes africaines décideront, ensemble, que leurs corps ne sont pas des champs de souffrance, mais des lieux de dignité ».
Un héritage encore vivant
Aujourd’hui, même si elle est moins visible sur la scène publique, Nahid TOUBIA reste une référence pour de nombreuses générations d’activistes, de médecins et de féministes africaines.
Elle a ouvert la voie à une approche holistique et respectueuse des droits humains, où les combats pour la santé, l’éducation, la culture et l’autonomie sont intimement liés.
Alpha NDAMUSO
