Le paludisme continue de faire des ravages dans le monde, en particulier en Afrique subsaharienne. En République Démocratique du Congo, les femmes enceintes et les enfants sont les plus exposés à cette maladie potentiellement mortelle.
Mais pourquoi cette vulnérabilité persiste-t-elle malgré les campagnes de sensibilisation et les efforts de prévention ? Quels sont les facteurs aggravants et les solutions envisageables ?

Pour y voir plus claire à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le paludisme célébrée chaque 25 avril, POURELLE.INFO, le média féminin de référence a échangé avec le Docteur Faustin OMBA LONDJA, médecin généraliste à la clinique Ngaliema, qui a éclairé sur les réalités du paludisme chez les femmes et les enfants.
POURELLE.INFO : Comment définissez-vous le paludisme ?
Dr Faustin OMBA LONDJA : C’est une maladie infectieuse tropicale, due à un parasite transmis par la piqûre de certains moustiques (anophèles) et qui cause des accès de fièvre.
POURELLE.INFO : Quels sont les symptômes du paludisme ?
Dr Faustin O.L : Les symptômes du paludisme apparaissent généralement 10 à 15 jours après la piqûre du moustique infecté. Ils peuvent varier selon le type de parasite, mais les plus courants sont:
- Fièvre élevée (souvent cyclique)
- Frissons et sueurs
- Fatigue intense
- Maux de tête
- Douleurs musculaires et articulaires etc.
POURELLE.INFO : Pourquoi les femmes enceintes et les jeunes enfants sont-ils particulièrement exposés au paludisme ?

Dr Faustin O.L : Les femmes enceintes et les jeunes enfants sont particulièrement exposés au paludisme à cause de la fragilité de leur système immunitaire.
1. Femmes enceintes :
Pendant la grossesse, le système immunitaire de la femme est affaibli pour ne pas rejeter le fœtus, ce qui la rend plus vulnérable aux infections, y compris le paludisme.
Le parasite Plasmodium falciparum peut se fixer au placenta, provoquant :
⁃Une anémie sévère chez la mère ;
⁃Un retard de croissance du fœtus ;
⁃Un accouchement prématuré ;
⁃Parfois une fausse couche ou la mort du bébé à la naissance ;
2. Jeunes enfants (moins de 5 ans) :
Leur système immunitaire n’est pas encore bien développé, donc ils n’ont pas encore acquis une immunité partielle contre le parasite.
Ils risquent plus de développer des formes graves ou mortelles de la maladie (paludisme cérébral, anémie sévère, etc.).
C’est pour ça que dans les zones à risque, on recommande des moustiquaires imprégnées, des traitements préventifs et un suivi médical renforcé.
POURELLE.INFO : Quelles sont les complications spécifiques du paludisme chez la femme enceinte et l’enfant ?
Dr Faustin O.L : Les complications du paludisme peuvent être très graves chez la femme enceinte et l’enfant, car leur organisme est plus vulnérable. Voici les principales complications spécifiques pour chacun :
Chez la femme enceinte :

1. Anémie sévère : due à la destruction des globules rouges par le parasite.
2. Paludisme placentaire : le parasite infecte le placenta, empêchant les échanges normaux entre la mère et le fœtus.
3. Retard de croissance intra-utérin (RCIU) : le bébé ne grandit pas normalement dans l’utérus.
4. Accouchement prématuré : naissance avant le terme, avec des risques pour la survie du nouveau-né.
5. Faible poids à la naissance : augmente les risques de mortalité infantile.
6. Fausse couche ou mort fœtale in utero : dans les cas graves.
Chez l’enfant (surtout de moins de 5 ans) :
1. Paludisme cérébral : le parasite atteint le cerveau, provoquant convulsions, coma, voire la mort.
2. Anémie sévère : très fréquente chez les enfants, peut entraîner un état de faiblesse extrême ;
3. Hypoglycémie : baisse dangereuse du sucre dans le sang ;
4. Insuffisance respiratoire ou troubles métaboliques graves ;
5. Retard de développement : si le paludisme est fréquent ou mal soigné, il peut affecter la croissance et les capacités intellectuelles.
POURELLE.INFO : Quelles sont les mesures de prévention les plus efficaces à adopter au niveau familial concernant la malaria ?
Dr Faustin O.L : Voici les mesures de prévention les plus efficaces à adopter au niveau familial pour se protéger contre le paludisme :
1. Utiliser des moustiquaires imprégnées d’insecticide ( Dormir sous une moustiquaire traitée protège toute la nuit contre les piqûres de moustiques. Elles sont particulièrement recommandées pour les enfants et les femmes enceintes ).
2. Éliminer les gîtes de moustiques autour de la maison : Vider régulièrement les récipients d’eau stagnante (pneus usés, pots, seaux…).Couvrir les réserves d’eau, Nettoyer les caniveaux et éviter les flaques d’eau.

3. Fermer les ouvertures à la tombée de la nuit : Installer des moustiquaires aux fenêtres et aux portes.
Garder les portes et fenêtres fermées le soir, surtout à partir de 18h.
4. Prévention médicamenteuse (dans certaines zones)
Pour les femmes enceintes : Traitement préventif intermittent (TPI) recommandé.
Enfants et personnes à risque : traitements prophylactiques en fonction des conseils médicaux locaux.
5. Sensibilisation et éducation
Informer toute la famille sur les risques du paludisme et l’importance des mesures de prévention ;
POURELLE.INFO : Quels conseils donneriez-vous aux femmes pour protéger leurs foyers contre le paludisme, surtout dans les zones à risque ?
Dr Faustin O.L : Voici des conseils pratiques que je donne aux femmes, surtout dans les zones à risque, pour protéger leursfoyers contre le paludisme :
1. Protéger la famille pendant la nuit :
Faire dormir toute la famille sous des moustiquaires imprégnées d’insecticide (MII), surtout les enfants et les femmes enceintes.
Vérifier régulièrement que la moustiquaire est en bon état (pas de trous). En gros c’est en appliquant les différents modes de prévention cité ci-haut que les femmes protègeront leurs familles.
Germaine BAKAMBANA
