En République Démocratique du Congo, la liberté de la presse est un droit garanti par la Constitution. Mais dans les rédactions, les femmes journalistes vivent souvent cette liberté de manière différente. Autocensure, préjugés, rubriques sous-valorisées…
À l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, POURELLE INFO est allé à la rencontre de journalistes chevronnés pour comprendre si les femmes et les hommes journalistes en République Démocratique du Congo bénéficient d’un même espace de liberté dans l’exercice de leur métier. Si la loi semble garantir cette égalité, la réalité professionnelle révèle des nuances importantes, entre poids culturel, autocensure et perception sociale.
Selon Éric IZIAMI Journaliste chez Antenne A : “L’autocensure féminine est souvent une défense sociale”.

La Constitution congolaise notamment l’article 24 garantit la liberté d’expression sans distinction de genre, dit-il mais il nuance : “Dans l’exercice du métier, tout le monde n’a pas la même flamme dans la recherche de l’information, selon le contexte sécuritaire, régional ou thématique.”
Concernant les femmes, il estime qu’elles font souvent preuve d’autocensure : “La journaliste est souvent vue comme gardienne de valeurs. Elle s’impose donc un style plus réservé pour rester digne, au risque sinon d’être injustement jugée”. Il reconnaît pourtant aux femmes journalistes une sensibilité précieuse et une grande compréhension des réalités sociales.
Éric IZIAMI conclut en soulignant la nécessité de respecter les lois et règlements pour créer un climat propice à une presse libre et égalitaire.
Pour Paulette KIMUNTU journaliste à Congo Web TV : “Être femme journaliste n’est pas encore perçu comme une évidence”.

Le constat est plus sévère de son côté “Nous n’avons pas la même liberté que les hommes. Le poids social fait que la femme journaliste n’est pas toujours prise au sérieux”.
Elle pointe aussi une autocritique courageuse : “Certaines d’entre nous misent plus sur le physique que sur les compétences, sans investir dans leur formation. Cela dessert l’ensemble de la profession.”
Malgré ces difficultés, Paulette reconnaît les progrès : “Des femmes émergent dans des domaines autrefois réservés aux hommes, comme l’économie ou la politique” .
Pour elle, il faut accorder plus de place aux autres rubriques journalistiques, souvent dévalorisées car non politiques, et redéfinir les priorités dans les rédactions.
Pour Richard SHAKO de l’ACP, et membre du CSAC : “Le droit à la parole est là, mais les femmes doivent oser le prendre”
Il renchérit en disant je cite : la liberté de la presse n’est pas genrée : “Hommes et femmes en RDC jouissent des mêmes droits en la matière”. Il admet néanmoins que des résistances culturelles persistent : “Dire que la femme ne peut pas parler en présence des hommes, c’est culturel, pas juridique.”

Il rejette aussi l’idée d’une censure sexospécifique : “Dans certaines rédactions, se sont même les femmes qui prennent davantage la parole.” Mais il insiste sur un point : “La limite est parfois fixée par les femmes elles-mêmes. Certaines ne veulent pas traiter les sujets complexes, comme la politique ou les processus diplomatiques, faute de formation ou d’intérêt”.
La recommandation de Richard SHAKO est claire : “Il faut stimuler la femme à oser toutes les rubriques. Il donne des exemples en citant les deux femmes journalistes qui osent comme Élisée ODIA ou Paulette KIMUNTU qui montrent que c’est possible”.
Les témoignages révèlent une réalité contrastée : si la liberté de la presse est un droit formellement reconnu, son exercice reste influencé par des normes sociales, des mécanismes d’autocensure et des inégalités de représentation dans les médias.
Les femmes journalistes en RDC évoluent souvent dans un cadre où leur parole doit être constamment légitimée.
Il est urgent de créer des espaces plus inclusifs dans les rédactions, de favoriser l’accès à la formation et de valoriser toutes les rubriques, pour que la liberté de la presse devienne enfin un terrain égalitaire pour toutes et tous.
MMK
