À 25 ans, Élie MBEKI incarne une génération de femmes africaines qui refusent d’attendre le changement, elles le façonnent . Ingénieure agronome, entrepreneure agroalimentaire et fondatrice de l’entreprise La Fleur, elle prouve qu’il est possible de transformer une frustration d’enfance en une mission économique, sociale et patriotique.
Rencontre avec une bâtisseuse du renouveau
Quand elle parle de son enfance, Élie MBEKI replonge sans filtre dans ses souvenirs les plus simples. Elle se revoit, petite fille, accompagnant sa mère au marché de Kinshasa. Un détail l’intrigue à chaque fois : les bouillons d’assaisonnement qu’on achète sont tous importés. Aucun ne vient du pays. Aucun ne reflète nos saveurs, nos ingrédients et notre identité.
Ce détail, pour d’autres insignifiant, va devenir le fil rouge d’une vocation.
Des années plus tard, après des études en chimie et industrie agricole, Élie MBEKI ne lâche pas cette idée : pourquoi devons-nous dépendre de l’étranger pour assaisonner nos plats ? Pourquoi nos terres riches, nos plantes, nos saveurs, ne donnent-elles pas naissance à nos propres produits transformés ?

En 2022, dans la cuisine de sa mère, Élie MBEKI commence à créer ses premiers bouillons naturels, 100 % congolais. Elle teste, note, ajuste et fait goûter à ses proches.
L’enthousiasme est tel qu’elle comprend : elle tient quelque chose
La Fleur : faire pousser l’audace
C’est ainsi qu’est née La Fleur, une entreprise agroalimentaire fondée avec une vision simple mais puissante : valoriser l’agriculture locale à travers des produits transformés, naturels et fièrement congolais. Ce qui n’était au départ qu’un projet de passion devient vite une entreprise saluée à travers l’Afrique.
Les prix pleuvent : Prix Pierre Castel à Alger, Prix de la Meilleure Innovation en Emballage à Abidjan, Trophée Mwasi Ya Motuya, Lauréate du concours COPA (PADPME & Banque Mondiale)…
Mais derrière la lumière, il y a aussi l’ombre du chemin parcouru. Car Élie MBEKI ne se cache pas : elle a dû apprendre, souvent dans la douleur.
« J’étais une technicienne, mais je ne connaissais rien à la gestion, ni à la levée de fonds, ni au marketing », confie-t-elle.
Pour rattraper le retard, elle se forme sans relâche : Kin startup Academy, Ishango Center, Ingenious City et même l’Institut Thione Niang au Sénégal.
« Chaque mentor, chaque formation, chaque erreur m’a appris à transformer ma passion en une structure viable », dit-elle avec humilité.
Une femme, une vision, un continent

Ce qui fait d’Élie MBEKI une femme qui inspire, ce n’est pas seulement sa réussite entrepreneuriale. C’est sa vision radicalement optimiste de l’Afrique.
Elle croit que la RD Congo peut se nourrir et que l’Afrique peut nourrir le monde. Elle refuse que les femmes ne soient cantonnées au second plan. Elle les voit leaders, stratèges, créatrices de richesse, dans des secteurs où on ne les attend pas toujours, comme l’agroalimentaire.
« Je ne veux pas que La Fleur soit juste une marque. Je veux qu’elle devienne un symbole de transformation, une preuve que l’on peut produire avec excellence chez nous, pour nous », affirme-t-elle.
Son ambition dépasse les frontières, mais reste profondément enracinée dans le sol congolais.
Une voix pour cette génération
Élie MBEKI fait partie de cette nouvelle génération de femmes africaines qui osent rêver différemment. Qui refusent de suivre les modèles préexistants. Qui créent, innovent et inspirent, non pas en criant fort, mais en plantant des graines durables.
À 25 ans, Élie MBEKI n’a pas encore tout vu, tout vécu, ni tout accompli. Mais elle a compris l’essentiel : l’avenir de l’Afrique se construira par ses femmes, sur ses terres, avec ses ressources.
Et elle, elle a choisi de le faire … avec du goût.
Divine LUKOMBO
