À l’heure où la République démocratique du Congo s’apprête à ouvrir un nouveau chapitre avec l’annonce d’un dialogue national, plusieurs voix s’élèvent pour saluer l’initiative tout en appelant à la vigilance. Parmi elles, celle de Babeth TSHIBOLA, femme engagée en politique et actrice sociale, qui souligne l’importance d’un processus réellement inclusif et porteur de solutions concrètes.

Dans cet entretien accordé à PourElle.info le media feminin de référence en Afrique, elle partage sa vision, ses attentes et les conditions qu’elle estime essentielles pour que ce dialogue ne soit pas une simple formalité, mais un véritable tournant pour la nation.
POURELLE INFO: Vous avez salué l’initiative d’un dialogue national, tout en exprimant des réserves. Qu’est-ce qui motive votre prise de parole aujourd’hui ?
Babeth TSHIBOLA : Je prends la parole parce que le moment est crucial pour l’avenir de notre nation. J’ai salué l’initiative du dialogue national voulu par le chef de l’Etat, car elle peut constituer une réelle opportunité de mettre fin aux divisions et de construire un avenir commun. Mais cette opportunité ne sera féconde que si elle est sincère, inclusive et tournée vers le bien commun. Mes réserves portent sur les risques de récupération politique ou de mise en scène sans impact réel. C’est donc par devoir de vigilance, mais aussi d’espoir, que je m’exprime aujourd’hui.
POURELLE INFO: Vous insistez sur l’inclusivité réelle du dialogue, qui, selon vous, risque encore d’être exclu de ce processus ?
Babeth TSHIBOLA: Un dialogue ne peut être national s’il ne reflète pas toutes les voix de la nation. Aujourd’hui, je crains que plusieurs groupes essentiels soient encore marginalisés : la jeunesse, qui paie le prix fort du chômage et de l’absence d’avenir ; les femmes, souvent reléguées alors qu’elles portent la société ; les communautés des zones en conflit, dont la souffrance est parfois instrumentalisée ; et les mouvements citoyens, porteurs d’un autre regard sur la gouvernance. Leur exclusion serait une erreur stratégique et morale.

POURELLE INFO: Quelles garanties concrètes attendez-vous des autorités pour que ce dialogue soit transparent, équilibré et utile à la Nation ?
Babeth TSHIBOLA: Nous attendons d’abord une clarté sur les règles du jeu. Qui organise, qui arbitre, qui rend compte ? Ensuite, une représentation équitable et équilibrée de toutes les forces vives du pays, sans favoritisme politique. Il faut aussi des mécanismes de suivi et de mise en œuvre des recommandations, avec un calendrier clair et contraignant. Enfin, nous attendons un engagement public des autorités à respecter les conclusions issues du dialogue. Sans cela, ce processus perdrait tout son sens.
POURELLE INFO : Vous évoquez un tournant historique pour refonder le contrat social congolais. Quels sont, selon vous, les enjeux prioritaires à aborder lors de ce dialogue ?
Babeth TSHIBOLA: Le dialogue doit s’attaquer aux causes profondes des crises récurrentes que connaît notre pays :
- la gouvernance institutionnelle, avec un équilibre réel des pouvoirs ;
- la justice sociale et la redistribution équitable des richesses nationales ;
- la sécurité, notamment à l’Est, qui ne peut plus attendre ;
- la réforme de l’éducation et de l’emploi pour la jeunesse ; et la réconciliation nationale, qui suppose vérité, mémoire et pardon.
Ce sont là les bases d’un nouveau contrat social, fondé sur la dignité, la justice et la solidarité.
POURELLE INFO : Quel message adressez-vous aujourd’hui au peuple congolais et aux partenaires du pays quant à leur rôle dans ce processus ?
Babeth TSHIBOLA: Au peuple congolais, je dis ceci, « ne soyez pas spectateurs, soyez les gardiens de ce processus. C’est votre avenir qui se joue. Engagez-vous, exprimez-vous, exigez la vérité et la justice ». Aux partenaires de la RDC, je rappelle que leur soutien doit être au service du peuple, non des intérêts de quelques-uns. Ce dialogue peut être un tournant, mais il ne le sera que si chacun, à son niveau, choisit le courage, l’écoute et la vérité.
Germaine BAKAMBANA
