Après l’accouchement, la jeune femme traverse une période de profonds bouleversements physiques et psychologiques. Certaines jeunes mères se retrouvent confrontées à la dépression, l’anxiété ainsi qu’au stress post-traumatique et, dans les formes les plus sévères, à la psychose post-partum.

Dans un entretien accordé à Pourelle.Info, le psychologue Chanera KANYINDA explique les manifestations de ces troubles. Il appelle à renforcer le dépistage, à améliorer l’accès aux professionnels de santé mentale et à mieux sensibiliser les familles afin qu’elles puissent reconnaître rapidement les signes d’alerte.
POURELLE.INFO : Que sait-on de la psychose post-partum en RDC ?
Chanera KANYINDA : En RDC, la psychose post-partum est un problème sous-diagnostiqué. Il n’existe donc pas de statistiques officielles permettant d’en mesurer précisément l’ampleur. D’après les observations de terrain rapportées, de nombreuses femmes connaissent des tensions psychologiques après l’accouchement, notamment la dépression, l’anxiété ou le stress post-traumatique. La psychose post-partum reste, quant à elle, une urgence psychiatrique rare, mais grave. Elle apparaît généralement dans les premiers jours ou les premières semaines suivant l’accouchement. La mère peut présenter une rupture avec la réalité, avoir des hallucinations, des idées délirantes, une confusion, une agitation extrême ou encore des comportements incohérents et des convictions irrationnelles concernant son bébé.
P.I : Une mère souffrant d’une forme sévère peut-elle devenir dangereuse pour elle-même ou pour son enfant ?

CH. K : Dans les formes sévères, une femme peut temporairement perdre sa capacité à évaluer correctement la réalité et les conséquences de ses actes. Elle peut tenter de se faire du mal ou de se suicider, croire que son enfant est possédé ou dangereux, entendre des voix lui donnant des ordres, devenir extrêmement agitée ou agressive, ou encore abandonner ou maltraiter involontairement son bébé. Elle peut également présenter des comportements totalement inhabituels par rapport à sa personnalité.
P.I : Quels sont les signes qui doivent alerter l’entourage après un accouchement ?

CH. K : Certains signes doivent particulièrement alerter lorsqu’ils traduisent une rupture avec le fonctionnement habituel et, surtout, une perte du contact avec la réalité. Il peut s’agir d’une confusion ou d’une désorientation, de propos incohérents, d’hallucinations, d’idées délirantes, d’une suspicion extrême envers le conjoint ou la famille, d’une agitation inhabituelle ou d’une agressivité. L’absence totale de sommeil accompagnée d’excitation ou d’agitation, un comportement très désorganisé, des discours suicidaires, la volonté de faire du mal au bébé sont également des signes d’alerte.
Un changement très brutal de personnalité ou encore le refus de s’alimenter et de prendre soin de soi ou de son enfant doivent aussi conduire à rechercher rapidement une aide médicale.
P.I : Que doit faire une famille lorsqu’une jeune mère semble perdre progressivement contact avec la réalité?
CH. K : La famille doit contacter rapidement un médecin, un psychiatre ou un service hospitalier. En cas de risque immédiat de suicide, d’infanticide, de violence ou de désorganisation majeure, il ne faut pas attendre une consultation ordinaire. Une prise en charge psychiatrique urgente est nécessaire.
P.I : Comment prévenir ces troubles et mieux protéger les jeunes mères ?
CH.K : La prévention passe par une prise en charge holistique et intégrée. Le dépistage de la santé mentale ne devrait pas commencer uniquement lorsque la crise psychiatrique est déjà installée. Il devrait être intégré aux consultations prénatales, au suivi de l’accouchement, aux consultations post-partum ainsi qu’au suivi du nourrisson. Une telle approche permettrait d’identifier plus tôt les femmes en difficulté et de leur proposer un accompagnement psychologique ou psychiatrique avant que la situation ne devienne critique.
La santé mentale maternelle apparaît ainsi comme un enjeu qui mérite davantage d’attention en RDC.
P.I : Comment ces femmes sont-elles prises en charge en RDC ?
CH.K : La difficulté réside davantage dans le nombre limité de structures hospitalières capables d’assurer cette prise en charge spécialisée, surtout dans les zones éloignées des grands centres urbains.
Lorsqu’une psychose post-partum est suspectée, la prise en charge doit être holistique et associer différents professionnels, notamment le médecin, le gynécologue, le psychologue et le psychiatre.
Propos recueillis par Germaine BAKAMBANA
