À l’occasion de la Journée internationale de lutte contre les discours de haine, célébrée chaque 18 juin, deux étudiantes congolaises appellent à privilégier des solutions durables fondées sur la sensibilisation, l’éducation citoyenne et la responsabilité numérique pour lutter contre ce phénomène, tout en préservant la liberté d’expression.

Toutes deux estiment que la meilleure réponse aux discours de haine ne réside pas uniquement dans les sanctions, mais aussi dans la prévention à travers l’éducation et la promotion d’une communication respectueuse, notamment sur les réseaux sociaux.
Étudiante en troisième licence en SIC à l’Université des Sciences de l’Information et de la Communication (UNISIC), Roftel ISY définit le discours de haine comme un message visant à attaquer, rabaisser ou insulter une personne ou un groupe en raison de son identité ou de ses caractéristiques. Selon elle, une opinion devient problématique lorsqu’elle se transforme en discrimination ou en injure, qu’elle soit directe ou indirecte, à l’encontre d’un individu ou d’une communauté.

Pour prévenir ce type de comportements, elle recommande de « renforcer les campagnes de sensibilisation, particulièrement dans l’espace numérique, afin de faire comprendre à la population que chacun est libre d’exprimer son opinion, mais dans le respect des autres et de leurs différences ».
De son côté, Jeanne d’Arc MURHOLA, étudiante en Master 1 Économie, Commerce et Coopération internationale à l’Université Catholique du Congo (UCC), souligne que la liberté d’expression et la lutte contre les discours de haine ne sont pas incompatibles.

« Un discours de haine est un discours qui cherche à rabaisser, exclure ou stigmatiser une personne ou un groupe en raison de son identité, de son origine, de sa religion ou de toute autre caractéristique qui le définit », précise-t-elle.
L’étudiante insiste sur l’importance de distinguer le débat d’idées des attaques dirigées contre les personnes :
« Ce qui devient préoccupant, c’est lorsque l’on cesse de discuter des idées pour s’en prendre aux individus et quand les propos tenus encouragent le rejet, la discrimination ou l’hostilité », souligne-t-elle.
Pour Jeanne d’Arc MURHOLA, l’éducation citoyenne demeure l’un des moyens les plus efficaces pour réduire la propagation des discours haineux.

« Plus les citoyens développent leur esprit critique et apprennent à débattre dans le respect, moins les discours de haine trouvent un terrain favorable pour se propager », affirme-t-elle.
Les réseaux sociaux au cœur du défi
Les deux étudiantes attirent également l’attention sur le rôle croissant des réseaux sociaux. Si ces plateformes constituent des espaces d’expression, de mobilisation et de partage d’informations, elles peuvent aussi favoriser la diffusion rapide de contenus haineux et de fausses informations.Elles plaident ainsi pour une plus grande responsabilité numérique des utilisateurs, en particulier des jeunes, appelés à adopter des comportements respectueux dans leurs interactions en ligne.

Jeanne d’Arc MURHOLA lance d’ailleurs un message à cette génération connectée :
« Les mots ont un poids. Nous avons la chance de vivre dans un monde où nous pouvons nous exprimer librement, mais nous devons utiliser cette liberté pour construire plutôt que pour détruire et diviser. Nos différences ne devraient pas être une source de haine, mais une richesse qui nous permet d’apprendre les uns des autres et de bâtir une société plus forte et plus unie ».
En République démocratique du Congo, la liberté d’expression est garantie par la Constitution.
Toutefois, elle ne saurait servir de prétexte aux injures, au cyberharcèlement, à l’incitation à la haine ou à la diffusion de contenus portant atteinte à la dignité d’autrui.
Le Code du numérique prévoit des poursuites contre les auteurs de tels actes, rappelant que les propos publiés sur les réseaux sociaux peuvent engager la responsabilité de leurs auteurs.
Aggée CHUGA
