L’étalage des denrées alimentaires dans les rues de Kalemie, chef-lieu de la province du Tanganyika, dans le Sud-est de la République démocratique du Congo, incarne une réalité économique complexe où la nécessité de subsistance prime sur les conditions sanitaires et est devenue une pratique omniprésente.
Cette pratique, bien qu’elle facilite l’accès aux produits alimentaires pour une grande partie de la population, entraîne des conséquences néfastes en matière de santé publique, de sécurité et de salubrité environnementale.
La prolifération de ce commerce informel expose les consommateurs à des risques accrus d’intoxication alimentaire et favorise la propagation des maladies infectieuses.
Face à ce phénomène, de nombreuses femmes de Kalemie alertent sur les risques sanitaires liés à l’exposition des aliments à la pollution, aux microbes et à la mauvaise conservation, et aux risques sécuritaires sur la route.
Cette problématique soulève plusieurs questions essentielles : Quelles sont les motivations des vendeurs pour choisir ce mode de commerce ? Quelles en sont les conséquences sur la santé communautaire et sur la sécurité routière ? Et surtout, comment peut-on éradiquer ce phénomène tout en préservant l’activité économique des commerçants ?
Face à notre micro, Dorcas MWAYUMA, une habitante de Kalemie estime que beaucoup de vendeuses sont des mères de famille sans autre source de revenus :

‹‹ Pour elles, vendre des légumes, des fruits ou du poisson au bord de la route leur permet de subvenir aux besoins de leur foyer malgré les risques. Mais aussi les clients privilégient souvent l’achat rapide et facile auprès des vendeurs aux abords des rues que dans un marché structuré. Cela permet un gain de temps, notamment pour les travailleurs qui achètent des aliments sur le chemin du travail et enfin, pour terminer, il faut savoir que l’absence de régulation stricte sur la vente fait prospérer cette pratique sans contrainte. Peu de contrôles sanitaires sont effectués, ce qui encourage la vente d’aliments dans des conditions insalubres », a-t-elle dit.
L’exposition prolongée des aliments en pleine rue engendre des risques sanitaires préoccupants, tels que la contamination et intoxications alimentaires, la propagation des maladies infectieuses, l’absence de traçabilité et de normes de qualité et la dégradation de l’environnement urbain.
Pour ZUENA, une ménagère de la ville de Kalemie, les denrées alimentaires exposées à la pollution et aux microbes peuvent être contaminées par des bactéries pathogènes, causant des intoxications alimentaires :

‹‹ Les aliments mal conservés et exposés aux insectes et aux rongeurs peuvent être vecteurs de maladies comme le choléra, la typhoïde ou la salmonellose; or les produits vendus dans la rue ne font souvent l’objet d’aucun contrôle qualité, il est donc difficile de connaître leur provenance ou leur mode de conservation. Certains aliments périmés ou traités avec des substances nocives peuvent être mis en vente sans que les consommateurs en soient informés et outre les risques sanitaires, l’étalage anarchique des denrées alimentaires contribue à la pollution urbaine : accumulation des déchets, et obstruction des trottoirs », a-t-elle dit.
Et d’ajouter :

« Les marchandises placées sur la chaussée peuvent gêner la visibilité des conducteurs et provoquer des collisions; Les vendeurs ou les clients peuvent trébucher sur les denrées ou les installations précaires, entraînant des blessures; L’exposition prolongée aux gaz d’échappement et à la poussière peut rendre les aliments impropres à la consommation, augmentant les risques de maladies; Certains produits inflammables ou mal stockés peuvent être à l’origine d’incendies, surtout dans des zones où les températures sont élevées ».
Face à ces défis, des solutions adaptées doivent être mises en place pour encadrer la vente des denrées alimentaires et réduire les risques sanitaires. Il est impératif de mener des campagnes de sensibilisation pour informer vendeurs et consommateurs sur les dangers liés à l’exposition des aliments en plein air et aux abords des rues.
À ce sujet, ASHURA, une activiste qui milite sur la préservation de l’environnement donne quelques pistes de solutions :

« Des ateliers de formation peuvent être organisés dans les quartiers, animés par des professionnels de la santé publique et de la nutrition. Et Pour permettre aux commerçants de vendre dans des conditions saines, il est nécessaire de construire des espaces de marché sécurisés avec des infrastructures adéquates (étals propres, contrôle de l’hygiène, accès à l’eau potable, des chambres froides, etc.), de plus, les autorités doivent mettre en place des inspections régulières pour vérifier la qualité des produits vendus et s’assurer du respect des normes de salubrité.
Pour éviter une perte de revenus brutale pour les vendeurs, des solutions alternatives doivent être proposées, tels que : accès facilité à des crédits pour ouvrir des boutiques ou stands réglementés, subventions pour encourager le commerce structuré et coopératives pour une meilleure gestion et organisation des ventes », a dit ASHURA.
Dorcas MWAYUMA interrogée ci-haut, estime que la régulation de ce phénomène ne peut se faire sans une approche équilibrée, prenant en compte à la fois la protection sanitaire des citoyens et la préservation des moyens de subsistance des vendeurs :

‹‹ Une solution efficace repose sur une collaboration étroite entre les autorités locales, les associations et la communauté elle-même. Il est impératif d’instaurer des réglementations adaptées, de mettre en place des infrastructures de vente plus sûres et de renforcer les contrôles sanitaires tout en soutenant les commerçants à travers des alternatives viables et accessibles».
Selon l’observation du premier média de femmes en République démocratique du Congo, POURELLE.INFO, l’éradication de cette problématique ne peut être envisagée uniquement sous l’angle de la contrainte. Elle doit s’appuyer sur une approche inclusive et progressive, où la prise en compte des réalités sociales et économiques permettra de garantir non seulement la sécurité alimentaire des habitants de Kalemie, mais aussi la pérennité des activités commerciales locales. Les accidents liés à l’étalage des denrées alimentaires le long de la route ont des conséquences graves. Il est essentiel de sensibiliser les vendeurs et les autorités locales à ces dangers pour limiter les risques. La mise en place de solutions durables et adaptées contribuera à l’amélioration des conditions de vie, à une meilleure hygiène publique et à une urbanisation plus harmonieuse.
Eric KIYOMBO/ Tanganyika
