Sa victoire haut la main lors de la primaire de la gauche, le 29 juin dernier, a eu quelque chose d’historique.
Avec 60 % des suffrages, Jeannette JARA est devenue la première militante du Parti communiste du Chili (PCCh) depuis le retour de la démocratie, à être désignée par le camp progressiste pour porter les couleurs de la coalition à l’élection présidentielle.

Un choix lourd de symboles dans un pays encore marqué par les sanguinaires années pinochétistes (1973-1990), où la mémoire demeure un champ de bataille entre les héritiers politiques de l’Unité populaire et ceux du général-dictateur, toujours prompts à relativiser les horreurs commises durant ces sombres pages de l’histoire récente.
L’histoire de Jeannette JARA, 51 ans, commence en 1974, quelques mois seulement après le fatidique 11 septembre qui vit le palais de La Moneda bombardé avec la bénédiction de la CIA. Née dans le quartier populaire de Conchalí, en banlieue nord de Santiago, elle est issue d’une famille modeste : un père ouvrier mécanicien, une mère femme au foyer.
Aînée d’une fratrie de cinq enfants, Jeannette est la première de sa famille à obtenir un diplôme universitaire en administration publique, en 1997, à la faculté d’administration et d’économie de Santiago, où son engagement la conduit à présider la Fédération étudiante.
Elle compte alors neuf ans de militantisme au sein des Jeunesses communistes, qu’elle rejoint à 14 ans, avant d’intégrer le parti en 1999 puis son comité central l’année suivante. Fonctionnaire à l’administration fiscale, dirigeante syndicale, enseignante universitaire, juriste, elle est invitée à participer au deuxième gouvernement de Michelle Bachelet (2014-2018), où elle occupe des responsabilités aux ministères du Travail puis du Développement social et de la Famille.
Durant le second mandat du président néolibéral Sebastián PINERA (2018-2022), elle exerce comme avocate, se présente en vain aux élections municipales à Conchalí, puis rejoint l’équipe de la maire communiste Irací Hassler, à Santiago.
En janvier 2022, lorsque le nouveau président de gauche, Gabriel BORIC , annonce son premier cabinet, Jeannette JARA est nommée ministre du Travail et de la Prévoyance sociale. Elle devient ainsi la première militante du PCCh à occuper ce poste depuis le retour à la démocratie, quarante-neuf ans après la chute du gouvernement socialiste de Salvador Allende.

Dans un pays corseté par une Constitution néolibérale rédigée sous le régime militaire, la ministre parvient tant bien que mal à inscrire plusieurs avancées importantes : réduction du temps de travail de 45 à 40 heures hebdomadaires, augmentation du salaire minimum (+50 %), réforme des retraites avec hausse des pensions et des cotisations patronales quasiment inexistantes jusque-là, ainsi qu’un nouveau système doté d’une forte composante solidaire et de répartition, en rupture avec le modèle antérieur exclusivement privé.
La victoire de Jeannette JARA lors de la primaire face aux barons de la centre-gauche n’est-elle pas le signe d’une volonté croissante de transformation en profondeur ? Si elle a su, en partie grâce à ses origines modestes, premiers petits boulots à 13 ans, premier emploi dans la cueillette, conquérir l’électorat de gauche, elle doit désormais convaincre les électeurs plus modérés.

Son accès au second tour semble aujourd’hui assuré : tous les sondages la placent en tête, autour de 30 % des intentions de vote pour le scrutin de ce dimanche 23 novembre 2025. Mais les droites traditionnelle et extrême cumulent à elles seules près de 60 % des intentions en vue du second tour prévu le 14 décembre.
Alors que celles-ci imposent les thèmes de l’insécurité et de l’immigration au cœur de la campagne, il reste à voir si Jeannette JARA, forte de son bilan ministériel et de son charisme certain, parviendra à convaincre avec un programme centré sur l’amplification des droits sociaux et un État interventionniste. D’autant qu’elle pourrait se retrouver face à José Antonio KAST, le candidat d’extrême droite nostalgique de Pinochet.
Grâce NGOMA
