À la suite de l’annonce par le Président de la République démocratique du Congo, Félix-Antoine TSHISEKEDI TSHILOMBO, de l’ouverture d’un dialogue national inclusif destiné à renforcer la paix, la cohésion nationale et la stabilité du pays, Pourelle.info, média féminin de référence en Afrique, s’est entretenu en exclusivité avec Babeth TSHIBOLA, actrice politique congolaise et coordonnatrice du mouvement Imposons le Changement.
Au cours de cet échange, elle revient sur les enjeux de cette initiative, les attentes des femmes congolaises et les conditions nécessaires pour faire de ce dialogue un véritable levier de paix, de réconciliation et de développement. Pour elle, les femmes doivent être pleinement associées à toutes les étapes du processus afin que les recommandations qui en découleront répondent aux aspirations de l’ensemble de la Nation.

POURELLE INFO: Le Chef de l’État s’est déclaré favorable à l’organisation d’un dialogue national inclusif. Quelle est votre première réaction à cette initiative ?
Babeth TSHIBOLA : Tout d’abord, je vous remercie pour cette invitation et l’intérêt accordé à un sujet aussi important pour l’avenir de notre pays. Je salue également le fait que le Président de la République ait prêté une oreille attentive aux différents appels en faveur d’un dialogue. C’est un signal fort qui traduit une volonté d’ouvrir un espace d’écoute et d’échanges à un moment où notre pays a plus que jamais besoin de renforcer sa cohésion nationale.
Face aux nombreux défis auxquels la RDC est confrontée, je pense que le dialogue est une démarche responsable. Notre pays a besoin de rassembler toutes ses filles et tous ses fils autour d’une même table afin d’échanger, de s’écouter et de rechercher ensemble des solutions aux problèmes réels de la Nation.
J’espère que cette ouverture débouchera sur un dialogue véritablement inclusif, où toutes les sensibilités politiques et sociales seront représentées. Au-delà de nos divergences, nous devons garder à l’esprit que ce qui nous unit est plus fort que ce qui nous divise.
Cette initiative constitue une véritable opportunité. Toutefois, ce ne sont pas seulement les assises qui comptent, mais surtout les résultats qui en découleront. Les Congolais attendent des décisions courageuses, des engagements clairs et des solutions concrètes à leurs préoccupations quotidiennes. Si chacun agit avec responsabilité, patriotisme et dans le respect de l’intérêt supérieur de la Nation, ce dialogue pourra marquer une étape importante dans le renforcement de la cohésion nationale et de la paix.
POURELLE INFO: Pourquoi ce dialogue est-il important pour la RDC aujourd’hui?
Babette TSHIBOLA : Notre pays traverse une période qui exige de la responsabilité et du patriotisme de la part de tous. Nous faisons face à une crise sécuritaire persistante dans l’Est, à des difficultés économiques, à des tensions politiques ainsi qu’à de fortes attentes sociales. Dans ce contexte, avancer chacun de son côté ne peut être une solution. Il est indispensable de créer un cadre de concertation où les acteurs politiques, la société civile, les jeunes, les femmes et toutes les composantes de la Nation pourront échanger dans un esprit de respect mutuel.
Ce dialogue doit permettre de rechercher des solutions communes, mais aussi de restaurer la confiance entre les institutions et les citoyens. Aujourd’hui, l’essentiel n’est pas de savoir qui gagne ou qui perd sur le plan politique, mais de répondre aux préoccupations des Congolais. Lorsque l’intérêt national est en jeu, chacun doit être capable de dépasser les clivages.

POURELLE INFO : Quelles sont les principales attentes des femmes vis-à-vis de ce dialogue ?
Babette TSHIBOLA : Les femmes attendent avant tout que ce dialogue apporte des réponses aux réalités qu’elles vivent chaque jour. Elles aspirent à la paix, car ce sont elles qui subissent le plus lourd tribut des conflits armés, notamment dans l’Est du pays. Elles souhaitent également que les questions liées à l’éducation, à la santé, à l’emploi, à la protection sociale et à leur autonomisation économique soient placées au cœur des discussions.
Au-delà de ces préoccupations, les femmes veulent être reconnues comme de véritables actrices du développement national. Elles ne souhaitent plus être présentes uniquement pour satisfaire à un quota. Elles veulent participer aux décisions, faire entendre leur voix et apporter des propositions concrètes.
POURELLE INFO: Quels sont, selon vous, les sujets qui devraient impérativement figurer à l’ordre du jour ?
Babette TSHIBOLA : La priorité demeure le rétablissement de la paix et de la sécurité, particulièrement dans l’Est de la RDC. Les concertations devraient également aborder la cohésion nationale, la gouvernance, la lutte contre la corruption, la justice, la création d’emplois pour les jeunes ainsi que l’amélioration des conditions de vie de la population.
J’ajouterais un sujet qui me tient particulièrement à cœur : le changement des mentalités. Nous pouvons adopter les meilleures réformes, mais si les comportements ne changent pas, leurs effets resteront limités. Le développement d’un pays repose aussi sur les valeurs, le civisme, le patriotisme et le sens de la responsabilité.
POURELLE INFO : Quelle place les femmes doivent-elles occuper dans ce processus ?
Babette TSHIBOLA : Les femmes doivent être pleinement associées au processus, non pas uniquement pour respecter un quota, mais parce qu’elles disposent de compétences, d’une expérience et d’une vision qui enrichissent les débats. Elles jouent déjà un rôle essentiel au sein des familles, des communautés, des entreprises et des institutions.
Construire la paix et renforcer la cohésion nationale sans les femmes serait une erreur. Elles doivent être présentes à toutes les étapes du dialogue, depuis les discussions jusqu’au suivi de la mise en œuvre des recommandations. Leur contribution est indispensable pour parvenir à des solutions durables.
POURELLE INFO : Comment faire en sorte que ce dialogue produise des résultats concrets et ne se limite pas à de simples déclarations d’intentions ?
Babette TSHIBOLA : La réussite dépendra avant tout de la volonté politique de l’ensemble des participants. Il faudra fixer des objectifs précis, un calendrier clair et des engagements réalistes. Il sera également indispensable de mettre en place un mécanisme de suivi afin de veiller à l’application effective des résolutions qui seront adoptées.
Les Congolais ont déjà connu plusieurs dialogues par le passé. Aujourd’hui, ils attendent des actions concrètes. La meilleure façon de restaurer la confiance est de respecter les engagements pris, dans l’intérêt exclusif du peuple congolais.
POURELLE INFO : Quel message adressez-vous aux acteurs politiques ainsi qu’à l’ensemble des Congolais au moment où s’ouvre cette nouvelle étape ?
Babette TSHIBOLA : J’invite tous les acteurs politiques à faire preuve de responsabilité, de retenue et surtout de patriotisme. Nous pouvons avoir des opinions différentes, mais nous partageons une même Nation et un destin commun. Il est temps de dépasser les intérêts partisans afin de privilégier l’intérêt supérieur du pays. Je souhaite que ce dialogue constitue un véritable tournant pour la RDC et non un simple épisode politique.
À l’ensemble des Congolais, je veux dire de garder espoir. Chacun a un rôle à jouer dans la construction de notre pays. Ce dialogue n’aura de sens que s’il nous rapproche et nous permet de bâtir une RDC plus unie, plus forte et résolument tournée vers l’avenir.
POURELLE INFO: En une phrase, quel est votre souhait pour l’avenir de la RDC à travers ce dialogue ?
Babette TSHIBOLA : Je souhaite que ce dialogue marque le début d’une nouvelle ère de confiance, de réconciliation et de responsabilité, afin que la RDC avance enfin dans l’unité, la paix et le développement, au bénéfice de tous les Congolais.
Propos recueillis par Ézéchiel NGAMANIA.
