La réforme annoncée par le Vice-Premier ministre chargé de la Fonction publique, Jean-Pierre LIHAU, continue de susciter de nombreuses réactions au sein de l’opinion congolaise.

Le gouvernement prévoit qu’à partir de 2027, les fonctionnaires ne seront plus payés uniquement sur la base de leur numéro matricule administratif, mais plutôt en fonction du travail réellement accompli et de leur présence effective au poste.

Une annonce qui divise profondément les Congolais, notamment les femmes, nombreuses à dénoncer les réalités difficiles du secteur public.
Pour plusieurs observateurs, cette réforme vise à mettre fin au phénomène des agents fictifs et à renforcer la culture du travail dans l’administration publique congolaise. Depuis plusieurs années, la question des mécanisations irrégulières et de l’absentéisme dans certains services de l’État est régulièrement dénoncée.

Beaucoup estiment que cette nouvelle orientation pourrait améliorer l’efficacité des établissements publics et responsabiliser davantage les agents de carrière.
Mais du côté de nombreuses Congolaises, les inquiétudes restent persistantes.
Nancy TSHIABA coordonnatrice de la Dynamique des Jeunes Femmes Sportives (DYJEFEMS) estime que le gouvernement devrait d’abord améliorer les conditions de travail avant d’imposer davantage d’exigences aux fonctionnaires.

« Il doit commencer par aménager les bureaux des agents, car plusieurs s’y rendent sans même disposer de chaises ; quant aux espaces de travail , n’en parlons même pas », déplore-t-elle.
Même son de cloche du côté de Chantal MBENZO, qui pointe la faiblesse des salaires dans la Fonction publique. «Qu’il commence par la réforme des salaires avant d’imposer toutes ces conditions », affirme-t-elle, dénonçant les difficultés quotidiennes des agents confrontés au coût élevé de la vie.
D’autres voix se montrent plus nuancées. Freddy ITOMBA considère cette mesure comme « salutaire » pour améliorer le fonctionnement des établissements publics, particulièrement dans les provinces, tout en alertant sur les difficultés liées au contrôle effectif des agents sur le terrain.

Abdoul MAPELA partage également cette préoccupation et s’interroge sur les mécanismes de suivi que la Fonction publique compte mettre en place afin de contrôler les irrégularités dans les différentes divisions administratives du pays.
Pour Mike KWABIMA, travailleur indépendant, le problème dépasse largement la simple présence au bureau. Selon lui, la réussite de cette réforme dépendra surtout de son application concrète et de la transparence dans les procédures administratives. Il critique les discours sans effet concret et évoque des contradictions internes qui compliquent souvent le travail des fonctionnaires.

De son côté, Dady NINDU craint un désordre dans la paie susceptible d’aggraver les difficultés des agents publics, tandis que Bernadette MBUYI estime que l’idée est bonne, mais pourrait paradoxalement «favoriser davantage de fictifs» si elle est mal encadrée.
Au-delà des divergences, cette réforme met en lumière un débat plus profond sur l’état de la Fonction publique en RDC : faibles salaires, conditions de travail précaires, manque de contrôle administratif et méfiance entre les agents et les autorités.
Entre volonté d’assainissement et crainte d’une application désorganisée, les avis restent partagés.

Une chose est certaine, qu’à travers leurs réactions, plusieurs femmes congolaises rappellent que toute réforme effective devra également prendre en compte la réalité sociale et professionnelle vécue quotidiennement par les agents de l’État.
Aggee CHUGA
