La République démocratique du Congo est en deuil. Catherine NZUZI Wa MBOMBO, affectueusement appelée Maman Nzuzi, s’est éteinte le mercredi 18 mars 2026 à Kinshasa, à l’âge de 81 ans. Sa disparition marque la fin d’un long et riche chapitre de l’histoire politique nationale.

Née le 19 décembre 1944 à Tshumbe , dans l’actuelle province du Sankuru, Catherine NZUZI Wa MBOMBO grandit dans une famille catholique pratiquante.
Fille de Henri Nzuzi Kamande, ancien bourgmestre de la commune de Ndesha à la suite des premières élections locales organisées en 1958 par les autorités coloniales, puis sénateur, et de Alice Mbombo, directrice au foyer social.

Elle est issue d’une fratrie de huit enfants.
NZUZI Wa MBOMBO effectue ses études primaires et secondaires à Kananga. Autodidacte, elle se forge un caractère solide très tôt. À seulement 20 ans, après le décès de sa mère, elle prend en charge ses frères et sœurs sous la protection de son père, révélant déjà un sens aigu des responsabilités.
Son ascension politique débute précocement
En 1967, elle est nommée bourgmestre de la commune de Kalina actuelle Gombe, à Léopoldville(Kinshasa). Elle gravit rapidement les échelons en 1972, elle devient vice-gouverneure de Kinshasa, avant d’être nommée gouverneure de la province du Kongo Central ex. Bas Zaïre( 1972-1975). Elle marque ainsi l’histoire comme la première femme à accéder à un tel niveau de responsabilité dans le pays. Très attachée à cette province, elle y laisse le souvenir d’une dirigeante proche de la population.

Proche du maréchal Mobutu Sese Seko, elle joue un rôle majeur au sein du Mouvement Populaire de la Révolution MPR. Membre du comité central, elle est élevée en 1984 au poste de vice-présidente du comité central, devenant ainsi la deuxième personnalité du régime, un rang équivalent à celui de vice-présidente de la République.

La chute du régime en 1997, avec l’arrivée au pouvoir de Laurent-Désiré Kabila, marque un tournant difficile.
Contrairement à d’autres dignitaires, elle choisit de rester au pays. Elle est arrêtée, puis détenue à la Prison centrale de Makala dans des conditions particulièrement éprouvantes. Après plusieurs interventions, elle est placée en résidence surveillée pendant 287 jours, sous la garde d’une trentaine de militaires. Elle sera finalement libérée le 10 janvier 2001, une semaine avant l’assassinat du président Kabila.

Cette période, assimilée à une véritable traversée du désert, n’entame pas sa détermination. Figure politique réputée pour son intégrité, elle ne compte aucun scandale majeur ni affaire de détournement à son actif.
Elle revient sur la scène politique à la faveur du Dialogue intercongolais de Sun City, en Afrique du Sud. En 2004, en tant que présidente du MPR, elle est nommée ministre de la Solidarité et des Affaires humanitaires au sein du gouvernement de transition. Candidate à l’élection présidentielle de 2006, elle fait partie des rares femmes à briguer la magistrature suprême, consolidant son statut de pionnière.

Au-delà de la politique, Maman Nzuzi était également une femme d’affaires accomplie, ayant notamment investi dans le secteur immobilier et dans les médias (global tv). Veuve de Madimba Symphorien, mère de six enfants, grand-mère et arrière-grand-mère, elle laisse derrière elle une grande famille et un héritage moral important.

Depuis l’annonce de sa disparition, hommages et témoignages affluent à travers le pays. Classe politique, société civile et citoyens saluent la mémoire d’une grande dame qui aura traversé les époques de l’ère du Zaïre à celle de la RDC contemporaine sans jamais quitter le devant de la scène.
Avec la disparition Catherine NZUZI Wa MBOMBO, la nation perd bien plus qu’une actrice politique. C’est une mémoire vivante de l’histoire du pays, une femme de caractère et un modèle de résilience dont l’empreinte restera durable dans les annales de la République, qui s’en va.
Grâce NGOMA
