Elle est décédée en allant réclamer ce qui lui revenait de droit : son salaire.
À Befale, dans la province de la Tshuapa, le décès tragique d’une enseignante, confirmé par le ministère de l’Éducation nationale, a profondément ému l’opinion publique jusqu’à Kinshasa.

Derrière ce drame, il y a bien plus qu’un fait divers. Il y a une femme. Une mère. Une éducatrice engagée, respectée dans sa communauté. Comme tant d’autres enseignants, elle a été contrainte de quitter sa salle de classe pour entreprendre un long et pénible voyage, dans l’espoir de percevoir plusieurs mois d’arriérés de salaire.
Mais elle n’est jamais revenue.
Épuisement, routes difficiles, absence d’infrastructures adaptées… Ce déplacement, imposé par un système de paie défaillant, lui a coûté la vie.
Quelques jours plus tôt, un directeur d’école avait également perdu la vie dans des circonstances similaires.
Deux destins brisés, devenus le symbole d’une réalité que vivent silencieusement de nombreux professionnels de la craie.

Ce drame a provoqué une onde de choc. Une indignation profonde. Et, cette fois, une réaction.
Face à l’émotion nationale, la ministre d’État chargée de l’Éducation, Raïssa MALU, a annoncé une série de mesures pour corriger les failles du système de paie des enseignants en province . L’objectif est d’éviter qu’un enseignant de plus ne risque encore sa vie en allant percevoir son salaire.

Parmi les décisions prises : la mise à l’écart de la banque jusque-là impliquée dans le processus, l’apurement des arriérés dans la Tshuapa, mais surtout la volonté de rapprocher les services de paie des enseignants, notamment grâce à des solutions plus accessibles et adaptées aux zones enclavées.
Aujourd’hui, au-delà des annonces, c’est une vie qui manque. Une famille endeuillée. Des élèves privés de leur enseignante. Son nom n’est peut-être pas encore connu de tous. Mais son histoire résonne déjà comme un rappel brutal : derrière chaque retard de salaire, dans tous les secteurs de la vie nationale, il y a des vies humaines en danger.
Aggée CHUGA
