À Dar es-Salaam, en Tanzanie, la Première ministre congolaise Judith SUMINWA TULUKA a lancé un appel fort en faveur du leadership féminin dans les processus de paix et de reconstruction de la région des Grands Lacs. Au-delà de la représentation symbolique, elle réclame une véritable place pour les femmes dans les décisions politiques et sécuritaires.

« La paix ne peut plus se construire sans les femmes », c’est le message porté par la Première ministre ce lundi 2 novembre 2026, à l’ouverture de la Conférence parlementaire des femmes pour la paix et le développement dans la région des Grands Lacs, à Dar es-Salaam.
Devant les délégations parlementaires et les représentants des États membres de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL), la cheffe du gouvernement congolais a plaidé pour une participation effective des femmes aux mécanismes de prévention et de résolution des conflits, de médiation et de reconstruction.

Son message est sans équivoque : il ne suffit plus de compter les femmes dans les institutions, il faut leur permettre de peser véritablement sur les décisions.
« Notre ambition doit donc être claire : passer de la représentation à l’influence. Et passer de l’influence aux résultats », a-t-elle déclaré.
Les femmes, actrices incontournables de la paix
Vingt ans après la signature du Pacte de Nairobi sur la sécurité, la stabilité et le développement dans la région des Grands Lacs, cette rencontre représente une occasion de mesurer le chemin parcouru et de transformer les engagements en actions concrètes.
Pour Judith SUMINWA, les femmes ne doivent plus être considérées uniquement comme des victimes des conflits. Elles sont aussi des actrices essentielles de la cohésion sociale, de la médiation et de la reconstruction des communautés.Un message particulièrement important au regard de la situation dans l’Est de la RDC, où des milliers de femmes et de jeunes filles continuent de subir les conséquences des violences armées, des déplacements forcés et de la précarité.
La Première ministre a dénoncé l’agression rwandaise et les violences qui frappent les populations congolaises, tout en rendant hommage au courage des femmes de l’Est, qui continuent de faire vivre leurs familles et de préserver les liens communautaires malgré les épreuves.Elle a rappelé que ces femmes ont besoin de sécurité, de justice, de paix, mais également de perspectives d’avenir.
Du discours aux actes : les parlementaires interpellés
Au-delà des déclarations de principe, Judith SUMINWA a invité les parlementaires de la région à faire de leurs prérogatives législatives, budgétaires et de contrôle de l’action publique de véritables instruments de transformation sociale.
Elle les a notamment encouragés à renforcer les mécanismes de lutte contre les discriminations et les violences basées sur le genre, à soutenir l’éducation des filles, à favoriser l’autonomie économique des femmes et à accompagner les populations déplacées.
« Par la loi, vous pouvez combattre les discriminations et les violences. Par le budget, vous pouvez soutenir l’éducation des filles, la santé, l’autonomie économique des femmes et l’aide aux personnes déplacées », a-t-elle souligné.
En RDC, cet engagement s’inscrit dans le cadre de l’article 14 de la Constitution, qui consacre la participation équitable des femmes à la vie nationale et leur représentation au sein des institutions publiques.
La cheffe du gouvernement a également rappelé la vision du président Félix-Antoine TSHISEKEDI TSHILOMBO en matière de promotion des droits des femmes et de masculinité positive, tout en insistant sur la nécessité de traduire les engagements juridiques en résultats visibles.
Un leadership féminin au-delà des frontières
La conférence de Dar es-Salaam a également été marquée par les interventions du président en exercice du Forum parlementaire de la CIRGL, l’Angolais Adão Francisco Correia de Almeida, et du vice-président tanzanien, Deogratius John Ndejembi, qui représentait la présidente Samia Suluhu Hassan.
Tous deux ont souligné l’importance du dialogue, de la diplomatie, de la coopération régionale et de la participation des femmes dans les processus décisionnels. Cette mobilisation rappelle que la paix dans les Grands Lacs ne peut être envisagée uniquement à travers les négociations entre États et les accords politiques. Elle doit également intégrer les réalités vécues par les populations, notamment celles des femmes directement touchées par les conflits.
Pour Judith SUMINWA, l’enjeu est désormais de faire entendre leur voix, de reconnaître leur expertise et de leur donner les moyens d’agir.

À Dar es-Salaam, son appel dépasse ainsi le cadre d’une conférence parlementaire. Il pose une question essentielle pour l’avenir de la région : comment construire une paix durable sans donner aux femmes une véritable place dans sa construction ?
La Première ministre a conclu son intervention par un message qui résume l’ambition portée par cette rencontre : « Ensemble, faisons de la paix une réalité vécue, et non une promesse répétée ».
MMK
