Depuis l’indépendance de la République démocratique du Congo, les femmes congolaises participent activement à la construction du pays. Elles éduquent, soignent, entreprennent, dirigent, bâtissent… souvent sans reconnaissance à la hauteur de leur engagement. Pourtant, leur présence est partout.
65 ans plus tard, leur rôle dans l’édification de la RDC est-il pleinement reconnu ?

Ce 30 juin 2025, date commémorative de l’obtention de l’indépendance par la République démocratique du Congo, votre média féminin de référence en Afrique POURELLE.INFO a échangé, via une interview exclusive avec Detty NUMBI MBABI, architecte et conseillère du ministre en charge de la politique de la ville. Celle-ci nous a fourni des réponses claires sur cette problématique.

POURELLE.INFO : Depuis l’indépendance en 1960, quel regard portez-vous sur l’évolution du rôle des femmes dans la construction de la RDC ?
Detty NUMBI MBABI : Depuis 1960, les femmes congolaises ont progressivement conquis des espaces de participation, souvent au prix d’un engagement courageux et silencieux. De l’ombre des mouvements d’indépendance jusqu’aux sphères actuelles du pouvoir, leur rôle s’est affirmé, même s’il reste encore largement sous-valorisé. Aujourd’hui, on ne peut nier que les femmes bâtissent la RDC à tous les niveaux: dans les familles, dans l’économie informelle, dans la société civile, et de plus en plus dans les milieux professionnels et politiques. Mais ce chemin reste semé d’embûches et leur apport est encore trop souvent perçu comme complémentaire, alors qu’il est aussi central.
POURELLE.INFO : Pensez-vous que la contribution des femmes, dans les domaines politique, social et économique, est suffisamment reconnue aujourd’hui ?
Detty NUMBI : Non, elle ne l’est pas à sa juste valeur. Nous observons des progrès, certes, mais encore trop timides. La femme congolaise reste majoritairement reléguée aux rôles d’exécution, rarement aux postes de décision ou d’influence. Dans le secteur politique, les quotas sont difficilement atteints ; dans le domaine économique, peu de femmes accèdent aux financements structurants ; et sur le plan social, leur action est souvent réduite à l’assistanat alors qu’elles sont des actrices stratégiques du changement. La reconnaissance doit s’accompagner de moyens, de légitimité et d’un changement de regard.
POURELLE.INFO : Quelles sont, selon vous, les principales barrières qui freinent encore l’émergence des femmes dans les sphères de décision ?
Detty NUMBI : Les barrières sont multiples. Il y a d’abord les pesanteurs socioculturelles qui assignent encore à la femme un rôle secondaire. Ensuite, les obstacles structurels : accès limité à l’éducation de qualité, à la terre, aux financements et aux réseaux de pouvoir. Et puis, il y a l’autocensure, souvent nourrie par un environnement peu propice à la prise de parole et d’initiative des femmes. Tant que la méritocratie ne sera pas réellement appliquée, tant que les politiques publiques ne seront pas sensibles au genre dès leur conception, les femmes continueront de lutter en déséquilibre.

POURELLE.INFO : Quel lien faites-vous entre la mémoire de l’indépendance et la nécessité d’une pleine inclusion des femmes dans les projets de développement national ?
Detty NUMBI : L’indépendance a été un acte fondateur de liberté, mais cette liberté ne peut être complète tant qu’elle exclut la moitié de la population. Honorer la mémoire de notre indépendance, c’est aussi corriger les oublis du passé, notamment celui de la reconnaissance du rôle des femmes. Une nation ne peut se développer durablement en marginalisant ses forces vives. L’inclusion des femmes n’est pas un slogan : c’est une exigence de cohérence, d’efficacité et de justice sociale.
POURELLE.INFO : Quel message adressez-vous aux jeunes filles congolaises, en ce 30 juin, pour qu’elles s’engagent davantage dans la transformation du pays ?
Detty NUMBI : Je leur dis ceci : votre place est partout où les décisions se prennent, partout où le destin du pays se construit. La matière grise n’a pas été distribuée selon le genre. Elle a été donnée aux hommes comme aux femmes. Il n’y a donc aucune raison de se sous-estimer parce qu’on est une femme. Il faut d’abord se considérer comme un être humain à part entière, porteur de dignité, de talent et de potentiel, et capable de contribuer à l’évolution de l’humanité.
Detty NUMBI MBABI, femme très active dans l’autonomisation des femmes et qui est à la tête de l’association des femmes architectes du Congo (AFARC) a clos ses propos sur cette note d’espoir et d’encouragement.
« N’ayez pas peur d’oser, d’échouer, de recommencer. Formez-vous, entourez-vous, rêvez grand et construisez. L’histoire de la RDC vous appartient aussi, et elle a besoin de votre vision, de votre courage et de votre intelligence. En ce 30 juin, jour de fierté nationale, que chaque jeune fille se lève avec la conviction qu’elle a le droit et le devoir d’agir. Le Congo ne changera pas sans vous ››.

Germaine BAKAMBANA
