Dans son adresse à la Nation ce jeudi 27 août, le Président de la République Félix-Antoine TSHISEKEDI TSHILOMBO a annoncé la mise en place d’un Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État, dont le processus doit s’étendre sur une période maximale de trois mois.

Le processus débutera par des consultations dans les 26 provinces, avant des assises nationales à Kinshasa. Dans le dispositif présenté par le Chef de l’État, plusieurs composantes de la société sont appelées à prendre part aux consultations, notamment les partis politiques, la société civile, les confessions religieuses, les milieux professionnels, économiques et universitaires, mais également les organisations de femmes et de jeunes.
Les femmes citées parmi les composantes appelées à participer
La mention des organisations de femmes dans le dispositif présidentiel constitue un signal important dans un pays où les femmes représentent plus de la moitié de la population, mais demeurent encore sous-représentées dans plusieurs espaces de décision.
Pour autant, une question se pose désormais : quelle sera concrètement leur place dans ce dialogue ?
Seront-elles simplement consultées pour faire remonter leurs préoccupations ou participeront-elles également aux espaces où seront discutées et arrêtées les décisions ?

La question de la participation des femmes au processus de dialogue n’est d’ailleurs pas nouvelle. Le 5 août dernier, des femmes issues notamment de la société civile et du monde politique s’étaient réunies à Kinshasa pour réfléchir à leurs priorités communes et à des propositions susceptibles de garantir leur participation effective au dialogue national.
Un agenda des femmes à construire
Au-delà de la présence physique des femmes dans les consultations, se pose également la question de ce qu’elles porteront collectivement.
Paix et sécurité, participation politique, représentation dans les institutions, lutte contre les violences faites aux femmes, accès aux ressources économiques, autonomisation, justice, éducation ou encore prise en compte des réalités des femmes vivant dans les zones affectées par les conflits : autant de questions susceptibles d’alimenter un agenda porté par les femmes congolaises.
Des initiatives récentes montrent déjà cette volonté de structurer la contribution féminine. Lors d’un forum national consacré à une paix durable et inclusive, des organisations féminines ont notamment mis en avant l’importance d’élaborer un cahier de charges porté par les femmes comme outil de plaidoyer et de participation citoyenne.
De la participation à l’influence
Pour les femmes, l’enjeu ne serait donc pas uniquement d’être présentes dans le processus, mais de pouvoir influencer les discussions et les décisions qui en sortiront.
La question de la représentation sera également centrale : quelles femmes seront choisies ? Selon quels critères ? Comment garantir la diversité des voix, entre femmes politiques, actrices de la société civile, entrepreneures, universitaires, jeunes femmes, femmes rurales, femmes vivant avec handicap et femmes directement touchées par les conflits ?
Alors que le processus annoncé par le Chef de l’État doit prochainement entrer dans sa phase opérationnelle, les organisations féminines disposent désormais d’un espace annoncé dans le dispositif présidentiel.
Reste à savoir comment elles s’organisent pour transformer cette possibilité de participation en une véritable capacité d’influence.
Les femmes à la table du dialogue
Pour Pourelle.info, cette séquence ouvre un débat essentiel : les femmes congolaises ne doivent pas seulement être considérées comme des bénéficiaires des décisions prises lors du dialogue. Elles doivent également pouvoir contribuer à leur élaboration.

Le Dialogue national annoncé par Félix TSHISEKEDI se veut un processus de paix, de cohésion et de refondation de l’État. Dans cette perspective, la voix des femmes devra-t-elle être entendue comme une voix parmi d’autres, ou comme une composante essentielle de la construction de l’avenir du pays ?
La réponse dépendra autant du cadre qui sera mis en place que de la capacité des femmes congolaises à se mobiliser, à définir leurs priorités communes et à porter une parole collective.
Le dialogue est annoncé. Les femmes, elles, sont appelées à se préparer à y prendre leur place.
MMK
