Le 21 avril 2026, les associations Culture pour la Paix et la Justice (CPJ asbl) et Ensemble Contre la Peine de Mort (ECPM) ont présenté un rapport d’enquête inédit consacré à la situation des personnes condamnées à mort en République démocratique du Congo.
Réalisée entre août 2024 et juin 2025 dans une dizaine de prisons, cette étude met en lumière les réalités alarmantes du système pénitentiaire congolais, fruit d’un travail conjoint avec plusieurs réseaux d’acteurs judiciaires et parlementaires engagés dans la lutte contre la peine capitale.
Prenant la parole, la députée nationale Christelle VUANGA a livré des constats préoccupants issus de cette mission : « C’était une première pour les députés d’échanger directement avec des condamnés à mort dans plusieurs prisons. Nous avons constaté qu’il s’agit majoritairement de jeunes, mais aussi de femmes, souvent jugés lors de procès expéditifs, notamment pour des faits d’association de malfaiteurs », a-t-elle déclaré.

Et de poursuivre : « En tant que parlementaires, nous recommandons l’adoption de la loi portant abolition de la peine de mort. À défaut, le retour au moratoire et la suspension des exécutions constitueraient déjà une avancée. Face aux conflits que traverse le pays, la perpétuité reste une alternative plus souhaitable, en attendant l’amélioration du système judiciaire et des conditions carcérales ».
À son tour, Marie-Lina PEREZ, responsable Afrique-Asie au sein de l’organisation internationale ECPM, a dénoncé l’instrumentalisation politique de la peine capitale depuis la levée du moratoire : « La peine de mort a vraiment été utilisée comme un outil politique et populiste », a-t-elle affirmé, rejetant l’idée selon laquelle exécuter garantirait la justice ou mettrait fin à la criminalité.
Selon elle, « la justice, c’est un travail de réhabilitation et de protection de la société », tandis que « la violence entraîne la violence ». Elle a également insisté sur la nécessité de documenter le parcours des condamnés à mort, de l’enquête à la prison, souvent marqué par « l’abandon, l’attente et une forte pression mentale ».

Le bâtonnier Ngoto Ngoie NGALINGI, membre de la CPJ asbl, a pour sa part souligné que ce rapport met en lumière « des situations difficiles à travers les prisons pour les condamnés à mort » et qu’il demeure « riche en enseignements ». Il a indiqué que plusieurs recommandations en sont ressorties, notamment des mesures intermédiaires avant une éventuelle abolition de la peine capitale.
Selon lui, la priorité reste de « renforcer l’accès à la justice », à travers l’adoption de certaines réformes législatives et la poursuite du plaidoyer auprès des parlementaires et du gouvernement. Il a également insisté sur la nécessité de mieux informer les détenus, qu’ils soient passibles de la peine de mort ou déjà condamnés.

Entre appels à l’abolition, demandes de moratoire et urgences judiciaires, ce rapport rappelle qu’en RDC, la peine de mort ne révèle pas seulement le sort des condamnés : elle expose surtout les failles d’un système en quête de justice.
Germaine BAKAMBANA
