Sous le thème interpellateur « La revanche du sol sur le sous-sol prônée par le Président de la République Félix TSHISEKEDI est-elle un mythe ou une réalité, un impératif social ou une priorité économique ? », le journaliste économique et coordinateur de l’ASBL “Toile d’araignée”, Jérôme SEKANA PENE-PAPA, a animé une conférence de presse le samedi 26 juillet 2025 à Kinshasa, devant un parterre de journalistes de la capitale, dont plusieurs membres de son réseau.

Pendant plus de trois heures, Jérôme SEKANA a plaidé avec insistance pour un réveil national autour du secteur agricole, affirmant que la RDC, avec plus de 80 millions d’hectares de terres arables et de nombreux cours d’eau, a tout pour devenir le grenier de l’Afrique. Pourtant, le pays dépense chaque année plus de 3,5 milliards de dollars en importation de produits agricoles comme le riz, les épices et les huiles alimentaires.

« Nous mangeons ce que nous ne produisons pas, et nous produisons ce que nous ne consommons pas. C’est une absurdité économique et stratégique », a-t-il dénoncé.
Et les femmes dans tout cela ?
Si ce plaidoyer vise en premier lieu les autorités publiques, il interpelle aussi les femmes, actrices majeures du monde agricole congolais. Présentes dans les champs, les marchés, les coopératives rurales ou les PME agroalimentaires, les femmes constituent l’épine dorsale de l’agriculture familiale, tout en étant trop souvent exclues des politiques de soutien et de financement.

À travers son message, Jérôme SEKANA invite implicitement à une revalorisation du rôle des femmes rurales dans la construction de l’autosuffisance alimentaire.

« L’indépendance alimentaire, c’est l’indépendance du ventre. Et l’indépendance du ventre, c’est la vraie indépendance », a-t-il insisté.
Un message qui prend tout son sens lorsqu’on sait que les femmes représentent près de 60 % de la main-d’œuvre agricole en RDC, mais bénéficient de moins de 10 % des crédits accordés au secteur.

Un potentiel ignoré, une urgence sociale
Le coordinateur du réseau “Toile d’araignée” a également déploré l’absence de subvention étatique dans l’agriculture, contrairement à ce qui se fait en Europe, en Amérique du Nord ou dans certains pays asiatiques. Il a proposé l’introduction d’un Salaire Minimum Agricole Garanti (SMAG), afin de protéger les petits exploitants, dont de nombreuses femmes.

« Le SMIG ne peut pas être appliqué de manière uniforme. L’agriculture a ses spécificités. Il faut une politique adaptée, juste, et inclusive », a-t-il recommandé.
18 recommandations pour un nouveau départ agricole
Pour appuyer sa démarche, Jérôme SEKANA et le réseau “Toile d’araignée” ont formulé 18 recommandations concrètes, parmi lesquelles :
- Instaurer un dialogue permanent et efficient avec les producteurs agricoles locaux, notamment les coopératives féminines ;
- Consulter les entreprises agro-pastorales et agro-industrielles sur les enjeux du secteur ;
- Implémenter une nouvelle politique agricole prenant en compte le paysannat, l’agro-pastoral et l’agro-industriel ;
- Appliquer effectivement le Code agricole en prenant les arrêtés nécessaires pour accorder des subventions ;
- Faire de l’agriculture une priorité nationale et y inclure une approche sensible au genre.

« Les minerais peuvent s’épuiser, mais jamais les produits agricoles. Le sol est un trésor renouvelable, si l’on s’en occupe. Et ce sont souvent les femmes qui en prennent soin », a-t-il conclu.
Dave NGONDE
