À l’occasion de la Journée internationale des veuves, célébrée chaque 23 juin, Bybyley Salama Kabemba, juriste, humanitaire et écrivaine, revient sur les défis auxquels sont confrontées les veuves en République démocratique du Congo et propose des pistes pour renforcer la protection de leurs droits.

POURELLE INFO : Comment évaluez-vous la situation actuelle des veuves en RDC ?
Bybyley Salama Kabemba : Malgré les avancées législatives enregistrées ces dernières années, de nombreuses veuves vivent encore dans une situation de grande vulnérabilité. Elles sont souvent confrontées à des pratiques coutumières abusives, à la méconnaissance de leurs droits, aux pressions familiales et parfois à la spoliation des biens laissés par leurs époux. Il existe un décalage entre la protection offerte par la loi et la réalité vécue sur le terrain.

POURELLE INFO : Quel rôle un avocat peut-il jouer dans la défense des droits des veuves ?
Bybyley Salama Kabemba : Le rôle de l’avocat est avant tout d’informer, de conseiller et de défendre les personnes dont les droits sont menacés. En matière successorale, il accompagne les veuves dans les démarches liées à la succession, veille au respect des dispositions du Code de la famille et intervient devant les juridictions compétentes lorsque leurs droits sont bafoués.
POURELLE INFO : Que prévoit la législation congolaise en matière d’héritage pour les veuves ?

Bybyley Salama Kabemba : La législation congolaise reconnaît et protège les droits des veuves. La succession est régie par le Code de la famille, modifié par la loi n°16/008 du 15 juillet 2016. Les articles 758 à 769 déterminent notamment l’ordre des héritiers et les droits du conjoint survivant. Ces dispositions offrent un cadre juridique destiné à protéger les veuves contre les abus.
POURELLE INFO : Quels sont les principaux obstacles à l’application effective de ces dispositions légales ?
Bybyley Salama Kabemba : Plusieurs facteurs limitent l’application de la loi. Il s’agit notamment de la méconnaissance des textes légaux, de la persistance de certaines coutumes contraires à la législation en vigueur, des pressions exercées par certaines familles, de l’absence de documents officiels, de la lenteur des procédures judiciaires ainsi que du manque de sensibilisation de la population.
POURELLE INFO : Quelles solutions préconisez-vous pour améliorer la protection des veuves ?
Bybyley Salama Kabemba : Il est nécessaire de vulgariser davantage le Code de la famille afin que les femmes connaissent leurs droits. Il faut également renforcer l’assistance juridique aux veuves, promouvoir les mariages légalement enregistrés, lutter contre les pratiques de spoliation et impliquer davantage les autorités coutumières, religieuses et administratives dans la protection des droits des veuves.
POURELLE INFO : Quel message souhaitez-vous adresser à l’occasion de la Journée internationale des veuves ?

Bybyley Salama Kabemba : La protection des droits successoraux des veuves ne doit pas rester théorique. Elle exige une volonté collective afin que leur dignité, leur sécurité économique et leurs droits soient effectivement garantis. Chaque acteur de la société a un rôle à jouer pour mettre fin aux injustices dont elles sont encore victimes.
Originaire de l’Est de la RDC, Bybyley Salama Kabemba est également écrivaine. À travers ses ouvrages, notamment «Les Maux de mes mots » et « Amour et Croissance », elle aborde des thématiques liées à la résilience, à la condition féminine et au développement personnel.
Propos recueillis par Aggée CHUGA
