À première vue, la ville de Kinshasa peut sembler un monde à part. Les rues animées, les boutiques chics et les cafés branchés donnent l’impression d’une capitale tournant autour du modernisme et du raffinement. Pourtant, parmi les passantes, il y a celles que l’on remarque moins : les femmes rurales natives de la capitale ou encore venues de l’intérieur du pays, avec leurs sacs de légumes, leurs paniers de produits faits maison, et leur courage intact.

Entre mépris et admiration
Dans certains quartiers huppés, être une femme rurale à Kinshasa peut encore être perçu comme un signe de pauvreté ou de statut social inférieur.
« On me regarde parfois comme si je n’avais rien à faire ici, raconte Marie-Louise, vendeuse de manioc et légumes sur le marché central. Mais je sais que je nourris la ville et que mon travail a de la valeur ».
Et pourtant, ce que beaucoup oublient, c’est que ces femmes représentent 70 % de la production alimentaire du pays. Leur rôle dans la sécurité alimentaire et le maintien de nos marchés est inestimable, mais souvent invisible.
Le luxe de l’autonomie
Être femme rurale à Kinshasa n’est donc pas une honte : c’est un acte de courage. Ces femmes transportent leurs récoltes, naviguent dans la circulation dense et affrontent les regards parfois condescendants, tout en restant fiers de leur métier. Il y a même un certain luxe dans leur autonomie : elles vivent de leurs mains, de leur savoir-faire et de leur persévérance.

Redéfinir les perceptions
La société urbaine doit apprendre à reconnaître cette force et cette dignité. Être rurale ne signifie pas être pauvre ou démunie. Cela signifie avoir la capacité de nourrir, de produire et de transformer son environnement malgré les obstacles. C’est une richesse humaine et sociale que la ville gagnerait à valoriser davantage.
En bref, être femme rurale n’est ni une honte ni un luxe superficiel. Elle est la preuve vivante que la résilience et le travail acharné peuvent transformer des vies et des communautés. Ce regard qu’on porte sur elle doit changer, et aujourd’hui 15 octobre , à l’occasion de la Journée internationale de la femme rurale, c’est le moment de le rappeler haut et fort.
Esther MPEZO M. OMBA
