Ce 30 juin 2025, la République démocratique du Congo se souvient de son accession à l’indépendance. Un moment historique célébré chaque année avec fierté, chants patriotiques, discours politiques et souvenirs glorieux.
Mais en 65 ans d’existence, la nation congolaise a-t-elle réellement intégré ses filles dans son projet de société ? Quelle est la place des femmes dans la construction du pays ? À Pourelle.info, média engagé pour la promotion des femmes, nous posons la question frontalement : l’indépendance a-t-elle profité aux femmes congolaises ?

Les grandes oubliées de l’indépendance
En 1960, le Congo se libère du joug colonial, mais la photo de famille de l’indépendance reste tristement masculine. Aucun nom féminin parmi les signataires, les ministres ou les visages visibles de la lutte. Pourtant, dans l’ombre des luttes politiques, des femmes ont résisté, soutenu, nourri, soigné et éduqué. On se souvient trop peu des figures comme Pauline OPANGO LUMUMBA, des enseignantes pionnières, des femmes militantes syndicales, ou de toutes celles qui, dans les villes et villages, ont tenu debout la société pendant les périodes de trouble.

Ce silence autour de leur rôle n’est pas anodin. Il révèle un schéma transmis du système colonial patriarcal : les femmes sont perçues comme des soutiens, jamais comme des actrices.
65 ans de combat pour exister et être reconnues
Depuis, les femmes congolaises n’ont cessé de lutter pour sortir de l’ombre. Elles se sont engagées en politique, dans les mouvements sociaux, dans l’éducation, la santé, le commerce, les médias, etc. Certaines ont arraché des sièges au Parlement, créé des entreprises, dirigé des écoles, fondé des ONG.
Mais les chiffres restent alarmants :
● Moins de 20 % de femmes dans les postes de décision publique;
● Un taux d’analphabétisme féminin toujours élevé dans les zones rurales;
● Des lois sur la parité et les violences faites aux femmes souvent non appliquées, ou vidées de leur efficacité par la coutume et les pratiques sociales;
Comme pour dire, l’égalité est encore à conquérir.
Les défis toujours présents en 2025
Aujourd’hui, les femmes congolaises continuent de faire face à des défis majeurs notamment : les violences basées sur le genre, en hausse dans les zones de conflit comme dans les villes, l’Inégal accès aux ressources économiques (terre, crédit, emploi formel) et la sous-représentation des femmes dans les médias, où leurs voix sont encore trop souvent limitées aux « rôles féminins ».
L’espace public reste largement dominé par une vision masculine de la société, où les femmes doivent continuellement justifier leur présence, leur compétence, leur légitimité.
Et pourtant, elles construisent le pays chaque jour
Qu’elles soient paysannes, entrepreneures, artistes, mères, soignantes, parlementaires ou activistes, les femmes congolaises bâtissent chaque jour le Congo de demain.
Elles soutiennent l’économie informelle, tiennent les familles, forment les générations, guérissent les communautés. Le pays ne tient debout que grâce à leur force, souvent invisible, mais toujours indispensable.
« Ce pays est aussi le nôtre. Nous ne sommes pas là pour accompagner, mais pour construire, décider et influencer », témoignage de Clarisse BAYAKI une jeune militante.
Pour une indépendance pleine, inclusive et équitable
Il est temps d’élargir la vision de l’indépendance. Une vraie indépendance n’exclut personne. Elle ne peut se limiter à la souveraineté territoriale ou à des symboles politiques : elle doit être vécue pleinement par chaque citoyen, chaque citoyenne.

À l’occasion de ces 65 ans d’indépendance, POURELLE INFO souhaite mettre en lumière quelques priorités essentielles pour que les femmes congolaises participent pleinement à la construction nationale :
L’application effective de la loi sur la parité, l’inclusion des femmes dans les espaces de décision, les négociations et les politiques publiques, la valorisation de leurs voix dans les médias et enfin l’éducation à l’égalité dès le plus jeune âge.
Car, promouvoir la femme congolaise, c’est aussi promouvoir une société plus juste, plus forte et véritablement indépendante
Conclusion : 65 ans, et maintenant ?

L’indépendance du Congo reste incomplète tant que les femmes ne sont pas pleinement libres, visibles et écoutées.
Ce 30 juin, nous célébrons la nation, mais nous interpellons aussi :
La RDC ne réalisera jamais son plein potentiel sans les femmes.
Et si les 65 prochaines années écrivaient enfin une histoire indépendante… avec les femmes au centre ?
MMK
